Un Messie qui doit souffrir.

Dans le pr�c�dent chapitre nous avons laiss� nos amis imaginaires en proie � de bien troublantes r�flexions. Les questions qu'ils se posent semblent d�fier la raison. En effet, si J�sus est le � Messie � pourquoi s'est-il esquiv� lorsque les juifs ont voulu faire de lui le roi ? Nous avons d�j� examin� trois proph�ties, faites par trois proph�tes diff�rents, mais affirmant chacune que le Messie serait un roi de la famille de David ; alors nous sommes en droit, nous aussi de nous poser la question : Pourquoi a-t-il refus� ?

La r�ponse � cette interrogation se trouve dans d'autres proph�ties qui d�crivent le � Messie � comme un serviteur juste qui devait souffrir et mourir. La premi�re de ces proph�ties que nous allons consid�rer a �t� �crite par le proph�te Daniel, quelque 600 ans environ av. J.-C.

� Je parlais dans ma pri�re, quand Gabriel... s'approcha de moi d'un vol rapide...

Il m'instruisit et me parla. Il me dit : Daniel, je suis venu maintenant pour te permettre de comprendre...

Soixante-dix1 ont �t� fix�es sur ton peuple et sur ta ville sainte, pour faire cesser les crimes et pour mettre fin aux p�ch�s, pour expier la faute et amener la justice �ternelle...

Prends donc connaissance et comprends ! Depuis la promulgation de la parole disant de r�tablir et de reconstruire J�rusalem jusqu'au prince-messie, il y a sept semaines ; et dans soixante-deux semaines, les places et les foss�s seront r�tablis et reconstruits, mais en des temps d'angoisse. Apr�s les soixante-deux semaines, un messie sera retranch�, et il n'aura personne pour lui � (Daniel 9.21-26).

L'expression � et il n'aura personne pour lui � a �t� l'objet de traductions diff�rentes : � mais non pas pour lui-m�me � ou � pas de successeur �. Quelle que soit la traduction envisag�e, elles sugg�rent toutes que l'Oint n'�tablira pas son royaume en ce temps-l�, et que tout ce qui surviendra aura pour but de mettre fin au p�ch�, d'expier la faute et d'amener la justice �ternelle.

La deuxi�me proph�tie a �t� �crite par Esa�e vers 750 av. J.-C. On peut la voir sur la photo 8. Ce manuscrit a �t� trouv� dans les grottes de Qumr�n en 1948. Il s'agit d'un texte copi� probablement 150 ans avant que J�sus commence � pr�cher. Pendant 2000 ans, ce document �tait cach� dans les grottes creus�es dans les falaises qui bordent la mer Morte. Il est donc exclus que quelqu'un ait pu changer quoi que ce soit � cette portion de la Parole de Dieu.

Nous avons la certitude la plus absolue qu'il constitue une partie de la Torah-Ancien Testament qui, d'apr�s le Coran lui-m�me, �tait � ENTRE LES MAINS � de J�sus. On y lit ceci :

�  Qui a cru � ce qui nous �tait annonc� ?

A qui le bras de l'Eternel s'est-il r�v�l� ?

M�pris� et abandonn� des hommes,

Homme de douleur

Et habitu� � la souffrance...

Mais il �tait transperc� � cause de nos crimes

Ecras� � cause de nos fautes ;

Le ch�timent qui nous donne la paix est tomb� sur lui,

Et c'est par ses meurtrissures que nous sommes gu�ris.

Nous �tions tous comme des brebis,

Chacun suivait sa propre voie ;

Et l'Eternel a fait retomber sur lui la faute de nous tous.

Par la connaissance qu'ils auront de lui

Mon serviteur juste justifiera beaucoup d'hommes

Et se chargera de leurs fautes.

C'est pourquoi je lui donnerai beaucoup d'hommes en partage ;

Il partagera le butin avec les puissants,

Parce qu'il s'est livr� lui-m�me � la mort

Et qu'il a �t� compt� parmi les coupables ,

Parce qu'il a port� le p�ch� de beaucoup

Et qu'il a interc�d� pour les coupables. � (Esa�e 53.1,3a,5-6,l lb-12)

Esa�e proph�tise donc la venue d'un serviteur juste qui mourra pour porter le p�ch� de beaucoup et pour interc�der en faveur des coupables. Un �crivain juif devenu chr�tien, Stanley Rosenthal, fait �tat de cette contradiction apparente entre l'id�e d'un roi puissant et celle d'un serviteur souffrant, et d�crit dans les lignes suivantes, les efforts des savants juifs pour concilier les deux descriptions :

� Il n'est pas �tonnant que de nombreux savants du pass� ont annonc� dans le Talmud juif qu'il viendrait deux messies. L'�tude pouss�e des Ecritures les avait amen�s � la conclusion qu'il appara�trait non seulement un messie qui serait, comme David, un grand roi, et qu'ils nommaient Messie Ben David (Messie, fils de David), mais aussi un messie qui, comme Joseph, serait appel� � souffrir, et ils le d�signaient du nom de Messie ben Joseph (Messie, fils de Joseph). � 2

Comment concilier ces deux descriptions ? Un juif vivant au premier si�cle n'avait pas la cl� de ce myst�re avant que J�sus ne l'ait r�v�l�e.

J�sus a expliqu� � ses disciples qu'il �tait venu une premi�re fois, lui, le Fils de l'homme, pour � �tre �t� � , pour � porter le p�ch� de beaucoup �. Puis plus tard qu'il reviendrait du ciel avec puissance pour �tablir son royaume sur la terre. Ce que les rabbis consid�raient �tre deux � messies � n'�tait en fait que les deux phases du minist�re du seul � Messie �, J�sus de Nazareth.

Ceci �tant clairement �tabli, retournons aupr�s de notre ami Elias � Na�n.

Discussions � J�rusalem

Vous vous souvenez de ce rabbi dont je vous ai entretenu, ce J�sus de Nazareth ? Les choses ne font que s'embrouiller.

L'autre jour est venu de J�rusalem un homme � qui j'ai vendu du petit b�tail. Comme il avait grandi � Na�n, il connait tout le monde. C'est pourquoi, tous les ans, avant la P�que, il vient � Na�n pour acheter les agneaux d'un an les plus robustes et les plus sains en vue des sacrifices qui seront offerts lors de la P�que.

Bref, lors de sa visite, cet homme me fit part de quelque chose � vous donner le vertige. Quelques mois plus t�t, au cours de la F�te des Tabernacles, J�sus �tait dans le temple et enseignait la foule. Il dit entre autres :

`Si vous demeurez dans ma parole, vous �tes v�ritablement mes disciples ; vous conna�trez la v�rit� et la v�rit� vous rendra libres' (Jean 8.31-32).

Aussit�t, quelques-uns de nos th�ologiens, stup�faits de ces propos lui demand�rent que veux-tu dire `Nous n'avons jamais �t� esclaves de personne ; comment peux-tu dire : Vous deviendrez ` libres ?'

`J�sus leur r�pondit : En v�rit�, en v�rit�, je vous le dis , quiconque commet le p�ch� est esclave du p�ch�.' Et il ajouta : `Si le Fils vous rend libres, vous serez r�ellement libres' (Jean 8.33-34,36).

Un peu plus tard, selon mon acheteur de brebis, il leur d�clara :

`En v�rit�, en v�rit�, je vous le dis, si quelqu'un garde mes paroles, il ne verra jamais la mort.'

A l'ou�e de ces paroles, les chefs religieux furent abasourdis et irrit�s. Ils s'�cri�rent :

Maintenant, nous savons que tu as en toi un d�mon ! Abraham est mort, et les proph�tes sont morts ! Et toi , tu dis que si quelqu'un garde ta parole, il ne verra pas la mort ? Es-tu plus grand que notre p�re Abraham ? Qui pr�tends-tu �tre ?'

J�sus leur r�pliqua :

Abraham, votre p�re, a tressailli d'all�gresse � la pens�e de voir mon jour : il l'a vu et il s'est r�joui.' (Abraham a v�cu environ 1800 ans avant J�sus).

`Tu n'as pas encore cinquante ans', lui r�pondirent les chefs religieux `et tu as vu Abraham ?'

Notez bien maintenant la r�ponse que J�sus leur fit. Sans h�siter un seul instant, et sur le ton le plus naturel qui soit, comme si la chose allait de soi, il leur dit :

`En v�rit�, en v�rit�, je vous le dis avant qu'Abraham f�t, MOI JE SUIS !'.

Il s'est donc d�sign� lui-m�me par l'expression � JE SUIS � ! Mais � JE SUIS � c'est pr�cis�ment le nom que Dieu avait r�v�l� en parlant de lui-m�me. Aucun homme n'a jamais port� ce nom !

Le commer�ant de petit b�tail a ajout� que plusieurs des chefs , suite � ce qu'ils avaient entendu, se mirent � ramasser des pierres pour `le lapider', car ils estimaient qu'il avait blasph�m�3. Mais ils semblaient comme engourdis dans leurs r�actions, et J�sus en profita pour s'abriter derri�re un pilier, puis il sortit du temple (Jean 8.51-53, 56-59)4.

Certes, toute autre personne qui aurait prononc� de telles paroles aurait blasph�m�, mais lui ? Par quel pouvoir faisait-il ses miracles ?

Notre acqu�reur d'agneaux poursuivit son r�cit. Le lende�main, nous dit-il, J�sus gu�rit un homme qui �tait n� aveugle, et qui, de ce fait, n'avait jamais rien vu, incapable de diff�rencier le rouge du bleu, ou le noir du blanc.

Lorsque J�sus se fut approch� de l'aveugle, il avait dit � ses disciples :

`Pendant que je suis dans le monde, je suis la lumi�re du monde.'

Apr�s avoir prononc� ces paroles, il cracha sur le sol, fit de la boue avec sa salive et l'appliqua sur les yeux de l'aveugle. Puis il lui dit :

`Va te laver au r�servoir de Silo�.'

Quelques personnes l'aid�rent � se lever et le mirent sur la bonne direction. `Il y alla, se lava, et quand il revint, il voyait.' C'est aussi simple que cela, m�me pour un homme qui n'avait jamais rien vu de sa vie.

Un peu plus tard, ce m�me jour, quelqu'un interrogea J�sus sur ce miracle. Il lui r�pondit :

`Je suis venu dans ce monde pour un jugement, afin que ceux qui ne voient pas voient et que ceux qui voient deviennent aveugles.'

 

Nous avions l'impression que le miracle devait illustrer une le�on (Jean 9.1, 5-7, 39a).

C'est ainsi que proc�de J�sus. Un jour il fait des d�clarations fracassantes et incroyables, et le lendemain il accomplit un miracle surprenant.

Notre commer�ant nous rapporta aussi que juste avant de se mettre en route pour venir � Na�n, il avait entendu J�sus parler de sa mort en des termes qui faisaient penser que pour lui, elle s'inscrivait dans un plan bien �tabli.

`Il disait : Moi, je suis le bon berger. Je connais mes brebis et mes brebis me connaissent, comme le P�re me conna�t et comme je connais le P�re ; et je donne ma vie pour mes brebis... Le P�re m'aime parce que je donne ma vie, afin de la reprendre'. ( Jean 10.14-15,17)

Qui pouvait bien comprendre ces paroles ? Certes J�sus avait l'habitude d'employer un langage all�gorique, mais il ne fait de doute pour personne qu'il d�clarait bien certaine sa mort et certain aussi son retour � la vie. A quel genre de Messie avons-nous affaire ? Et pourquoi ?

A ce propos, l'acheteur de nos brebis a convenu qu'une grave discussion avait �clat� dans le temple.

`Plusieurs disaient : Il a un d�mon, il est fou ; pourquoi l'�coutez-vous ?

Mais d'autres disaient : Ces paroles ne sont pas celles d'un d�moniaque. Un d�mon peut-il ouvrir les yeux des aveugles ?' (Jean 10.20-21 ).

Les propos de notre visiteur me rassur�rent quelque peu. Certes j'�tais toujours aussi perplexe, mais d'apr�s tout ce qu'il venait de me raconter, je n'�tais pas le seul, puisque nos chefs religieux aussi se posaient beaucoup de questions au sujet de J�sus.

Un jour, n'y tenant plus, ils lui pos�rent franchement la question :

`Si toi, tu es le Messie, dis-le nous ouvertement.'

 

`J�sus leur r�pondit : Je vous l'ai dit, et vous ne me croyez pas. Les miracles que je fais au nom de mon P�re rendent t�moignage de moi... Si je ne fais pas les oeuvres de mon P�re, ne me croyez pas ! Mais si je les fais, quand m�me vous ne me croiriez pas, croyez � ces miracles, afin de savoir et de reconna�tre que le P�re est en moi et moi dans le P�re.'

 

Quand il eut dit cela `ils cherch�rent encore � l'arr�ter, mais il s'�chappa de leurs mains' (Jean 10.24-25, 37-39).

Un autre fait marquant dont notre marchand entendit parler fut la gu�rison de dix l�preux.

`Comme il entrait dans un village, dix l�preux vinrent � sa rencontre et se tenaient � distance. Ils �lev�rent la voix et dirent : J�sus, Ma�tre, aie piti� de nous !'

`En les voyant, il leur dit : Allez vous montrer aux sacrificateurs. Et pendant qu'ils y allaient, il arriva qu'ils furent purifi�s' (Luc 17.12-14).

Mais voil� ! Comment concevoir � que le P�re est en lui, et lui dans le P�re � ? Cette pr�tention me para�t si �norme que je ne peux pas trop en vouloir � ceux qui cherchaient � le lapider. Mais je ne peux m'emp�cher non plus de remarquer qu'il donne toujours l'impression que ses paroles sont vraies et qu'il cherche � les faire p�n�trer dans le coeur de ses auditeurs. En fait tout se passe comme s'il �tait lui-m�me la v�rit� en face de vous.

Enfin, notre marchand nous raconta encore un fait troublant, dont a �t� t�moin l'un de ses amis, qui est aussi un disciple de J�sus, non l'un des douze, mais l'un des soixante-dix. Ce disciple rapporta au commer�ant qu'un jour, en se dirigeant vers J�rusalem, J�sus avait annonc� � ses douze intimes que

`le Fils de l'homme sera livr� aux principaux sacrificateurs et aux scribes. Ils le condamneront � mort et le livreront aux pa�ens, se moqueront de lui, cracheront sur lui, le flagelleront et le feront mourir ; et trois jours apr�s, il ressuscitera' (Marc 10.33b-34).

Pourquoi voulait-il proph�tiser sa propre mort ? C'est impensable ! N'avait-il pas le pouvoir d'op�rer des miracles ? N'avait-il pas, d'un mot adress� au vent et aux vagues, calm� une temp�te ? (Marc 4.37-41).

Rev�tu d'un tel pouvoir, il pouvait bien faire en sorte que personne ne mette la main sur lui. Il pouvait emp�cher quiconque de lui faire du mal et de le mettre � mort. Il est vrai que j'ai entendu il y a fort longtemps, un rabbi parler d'un � messie � souffrant, mais je lui ai r�torqu� que c'�tait une id�e ridicule. Car j �tais persuade que si quelqu'un se pr�tendait � Messie �, alors il viendrait pour r�gner et pour chasser ces maudits Romains incirconcis ! Devant ma d�termination, le rabbi n'osa pas insister, mais je l'entendis n�anmoins murmurer quelque chose au sujet d'un � juste serviteur souffrant �.

Vous savez, je r�fl�chis constamment � ces questions qui me trottent dans la t�te, et je le fais d'autant plus volontiers quand je trais mes vaches et mes ch�vres. Je me demande parfois ce que sera la vie sous le r�gne d'un tel roi. C'est vrai que le jour o� il a nourri les 5000 personnes certaines de ses paroles �taient s�v�res et graves. Mais quand il a parl� de Dieu comme un P�re qui nous aime, ah ! qu'il �tait rassurant ! J'ai gard� pr�cieusement le souvenir de cette le�on :

`Si vous savez donner de bonnes choses � vos enfants, � combien plus forte raison votre P�re qui est dans les cieux, donnera-t-il de bonnes choses � ceux qui les lui demandent.'

Ah ! j'allais oublier ! J'ai encore de bonnes nouvelles � partager. Mon oncle, qui vit pr�s de Cyr�ne, en Libye, et que nous n'avons pas revu depuis 15 ans, nous rendra visite prochainement. II a l'intention d'assister aux f�tes de la P�que et de la Pentec�te.

Je ne pourrai sans doute pas l'accompagner pour la f�te de P�que car ce sera � mon tour de garder mon troupeau et celui de mes deux fr�res.

Mais si le Seigneur le permet, j'irai avec mon oncle � J�rusalem pour la Pentec�te. J'esp�re, � cette occasion, entendre � nouveau ; J�sus. Car, au fond de moi-m�me, je pense qu'il rend t�moignage � la v�rit�, et tout le monde le sait.

 

 


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1 Ou 70 x 7 ann�es proph�tiques.[retourner au texte]

2 One God or Three? de Stanley Rosenthal, Christian Litterature Crusade, Inc. Fort Washington, Pa., 1978 ; p. 63.[retourner au texte]

3 La lapidation est le ch�timent pr�vu par la Torah en cas de blasph�me (Dt 13.6-10). [retourner au texte]

4 Ces versets figurent sur la photo 3 (Codex Vaticanus du milieu du 4� si�cle), � la page 146.[retourner au texte]