Nous avons vu, au cours du chapitre pr�c�dent, que certains rabbis juifs croyaient en un Messie qui viendrait pour souffrir et pour interc�der. Pourtant, quand nous autres, chr�tiens, affirmons que J�sus est le Messie qui est venu pour interc�der en faveur de tous ceux qui l'acceptent comme Sauveur, les musulmans r�pondent g�n�ralement : � Non, c'est Muhammad qui a le pouvoir d'interc�der. � Le directeur d'une �cole primaire en Tunisie m'a affirm� qu'aucun musulman ne resterait en enfer, parce que Muhammad interviendrait en faveur de chacun d'eux. Lorsque les chr�tiens disent que seul J�sus a le droit d'interc�der parce qu'il �tait parfait et sans p�ch�, on leur r�torque presque toujours : � Mais tous les proph�tes sont pr�serv�s ou gard�s (ma`sicum ) du p�ch�. � Au chr�tien qui d�clare que J�sus est mort pour nos p�ch�s, le musulman r�plique souvent que Dieu ne permettra pas qu'un seul de ses proph�tes choisis soit mis � mort. Nous allons donc revenir au Coran et examiner quel est son point de vue sur ces affirmations, en commen�ant par la derni�re. Dieu a-t-il jamais permis que ses proph�tes choisis soient mis � mort?Huit versets du Coran traitent de ce sujet. Ils semblent tous adress�s aux juifs. Sourate de la Vache (AI Baqara) 2.91, de l'an 2 de l'H�gire :
Sourate de la famille d'Amram (Al `Imr�n) 3.112, de l'an 3 de l'H�gire :
M�me Sourate, verset 181 :
Sourate des Femmes (Al Nis�' ) 4.155, de l'an 5-6 de l'H�gire :
Dans la Sourate de la famille d'Amran (Al `Imr�n) 3.21, de l'an 3 de l'H�gire, nous d�couvrons une accusation plus g�n�rale. Car outre les proph�tes, les incroyants cherchent � tuer des profanes qui commandent la justice :
Enfin, dans un troisi�me groupe de versets, nous apprenons qu'en plus des proph�tes, des ap�tres (ou messagers) ont aussi �t� mis � mort. Sourate de la Vache (AI Baqara) 2.87, de l'an 2 de l'H�gire :
Sourate de la famille d'Amram (AI `Imr�n) 3.183, de l'an 3 de l'H�gire :
Sourate du Plateau servi (AI Ma'ida) 5.70, de l'an 10 de l'H�gire :
De ces huit versets on peut d�duire (a) que des personnes justes qui enseignaient la justice (b) que des proph�tes de Dieu, et (c) que des ap�tres (ou messagers) de Dieu ont �t� tu�s, � une �poque ou � une autre, et souvent par la main des chefs juifs. Le proph�te Yahy� Ibn Zakar�y� (Jean-Baptiste) illustre bien cette v�rit�. Bien que sa mort ne soit pas mentionn�e dans le Coran, elle est attest�e � la fois par l'Evangile et par l'historien juif Flavius Jos�phe. Dans son livre Histoire Ancienne des Juifs, au livre XVIII et au chapitre 7, Jos�phe �crit :
Les mots en italiques sont, � peu de choses pr�s, les synonymes de l'expression coranique � ceux qui commandaient la justice �. Nous devons donc honn�tement conclure qu'un musulman qui pr�tend que Dieu ne peut pas admettre qu'un de ses proph�tes ou qu'un de ses messagers - J�sus, par exemple - soit tu�, est totalement dans l'erreur. Le Coran t�moigne que le Seigneur Souverain et Tout-Puissant a tol�r� ces crimes dans le pass�. Les proph�tes sont-ils pr�serv�s (ma`sum) du p�ch� ?l. Selon les musulmans, Adam �tait le premier proph�te. Le Coran affirme pourtant qu'il a �t� chass� du jardin c�leste parce qu'il avait p�ch�. C'est ce que d�clare la Sourate Ta-Ha 20.120-121, de la p�riode mecquoise interm�diaire :
Bien que les noms d'Adam et d'Eve ne figurent pas explicitement dans la Sourate de AI A`raf 7.189-190 de la p�riode mecquoise tardive, il semble cependant assez �vident que c'est bien d'eux qu'il s'agit (ainsi qu'en 4.1 qui reprend la m�me expression) :
Mais pour l'islam, � assigner � Dieu des associ�s � �quivaut � commettre le p�ch� impardonnable. C'est un p�ch� plus grave que la r�bellion. 2. De No�, il est �crit dans la Sourate mecquoise tardive de Houd 1 1.45-47 :
Que conclure de ce r�cit ? La requ�te de No� pour que son fils incroyant soit �pargn� est si naturelle, si humaine, si normale que nous avons de la peine � y voir une attitude coupable, un p�ch�. Pourtant Dieu le reprend s�v�rement, et No� reconna�t qu'il a p�ch� en refusant d'accepter la volont� de Dieu. C'est pourquoi il implore la mis�ricorde et le pardon de Dieu. 3. Nous pouvons aussi citer Abraham, le p�re des trois grandes religions monoth�istes. La Sourate d'Abraham (Ibr�him) 14.41 rapporte une de ses pri�res :
Dans la Sourate des Po�tes (AI-Shu`ar�') 26.77,81-82, de la p�riode mecquoise interm�diaire, il d�clare :
Abraham ne sollicite pas un pardon au sens g�n�ral, comme c'�tait le cas dans la premi�re citation du patriarche, mais le pardon pour sa faute personnelle. 4. Mo�se lui-m�me, le grand messager de Dieu, celui auquel Dieu parlait � face � face � a �t� r�primand�. La Sourate du R�cit (AI-Qasas) 28.15-16, de la p�riode mecquoise tardive rapporte ceci :
D'apr�s Yusuf Ali, Mo�se n'avait pas pr�m�dit� ce meurtre de l'Egyptien, il avait uniquement voulu porter secours au Juif. C'est pourquoi Mo�se demande � Dieu pardon d'avoir tu� cet homme. 5. Arr�tons-nous encore � l'exemple de David, l'auteur des Zab�r ou Psaumes. Voici ce que rapporte la Sourate de S�d 38.21-25, de la p�riode mecquoise primitive :
Pour Yusuf Ali, il ne s'agirait pas dans ce r�cit de l'adult�re que David commit avec Bathsh�ba suivi du crime perp�tr� contre Urie, le mari de Bathsh�ba afin de camoufler le p�ch�, r�cit rapport� en d�tail dans la Torah-Ancien Testament 1. Hamidullah, quant � lui, pense que le Coran fait ici bien allusion � cet �pisode de la vie de David. Je partage son point de vue pour deux raisons. La premi�re, c 'est que la parabole des 99 brebis d'un c�t� et de la brebis unique de l'autre, se retrouve dans le Coran et dans la Bible ; la seconde raison, c'est que le verset 26 de la m�me Sourate semble clairement indiquer la nature de la faute commise par David :
Mais qu'il s'agisse de l'adult�re ou non, le texte fait clairement r�f�rence � un p�ch� particulier, pour lequel David demande pardon en tombant sur ses genoux et en s'inclinant, et � Dieu LE lui pardonna �. 6. Au verset 35 de la m�me Sourate (S�d ) Salomon implore :
bien que la nature de son p�ch� n'apparaisse pas clairement ; peut �tre se reproche-t-il d'avoir aim� les chevaux plus que Dieu ? 7. Arr�tons-nous plus longuement au cas du proph�te Jonas. I1 avait d�lib�r�ment refus� d'obtemp�rer � l'ordre de Dieu qui lui avait command� d'aller � Ninive pour avertir ses habitants. Jonas s'embarqua pour fuir loin de Dieu. Voici comment la Sourate des Rang�es en rangs (AI-S�ffat) 37.142-144, de la p�riode mecquoise primitive, poursuit le r�cit :
Le cri de repentance de Jonas dans le ventre du poisson est rapport� dans la Sourate des Proph�tes (Al-Anbiya' ) 21.87, de la p�riode mecquoise interm�diaire :
Ainsi Jonas reconna�t qu'il a �t� un � pr�varicateur � ou un � injuste � (D. Masson) : Dieu lui-m�me le qualifie de � bl�mable �, ce mot d�j� employ� par le Coran � propos de l'attitude de Pharaon que Dieu pr�cipita dans la mer (Sourate 51.40). Dans les versets mentionn�s, nous avons donc constat� que sept proph�tes , dont deux furent aussi des messagers, se d�signent eux-m�mes comme p�cheurs ou sont qualifi�s tels par Dieu, et invit�s � se repentir. Si le p�ch� de No� ou de Salomon para�t � b�nin � car il traduit une disposition du coeur fort r�pandue, en somme presque � normale �, ces hommes n'en sont pas moins exhort�s � demander pardon. Plus grave est le cas d'Adam et de Jonas. Du premier le Coran affirme qu'il s'est � rebell� � (`as�) en � assignant des Associ�s (shurak�' ) � Dieu �. Quant au second, il est jug� � bl�mable � (mulim) pour avoir refus� d'ob�ir au commandement de Dieu. Abraham demande un pardon particulier pour � son p�ch� (khatia) � ; quant aux deux messagers, Mo�se et David, ils doivent se repentir l'un d'avoir commis un meurtre, l'autre un adult�re suivi d'un meurtre. Si on peut estimer que le geste meurtrier de Mo�se est accidentel et non pr�m�dit�, il n'en va pas de m�me pour David qui reste pleinement responsable des actions r�pr�hensibles commises. Nous avons donne des preuves fournies par le Coran que, contrairernent aux all�gations de certains musulmans, les proph�tes et les messagers n'ont pas �t� � l'abri de grands p�ch�s. Un juge de la Cour d'Appel de Tanger avait affirm� un jour que des actes, consid�r�s comme p�ch�s lorsqu'ils sont commis par des gens ordinaires, ne l'�taient plus lorsqu'ils �taient accomplis par des proph�tes. Je le mis alors au d�fi de me dire lequel serait plus s�v�rement puni � son tribunal : celui qui conna�t la loi et la transgresse, ou celui qui la transgresse sans la conna�tre ? Il me r�pondit aussit�t que c'est la personne qui transgresse la loi en pleine connaissance de cause qui m�rite la sanction la plus s�v�re. La le�on est donc claire : la responsabilit� d'un proph�te ou d'un messager qui p�che est aggrav�e, et non att�nu�e. Le Coran souscrit pleinement � cette affirmation. Dans la Sourate des Coalis�s (AI-Ahz�b) 33.7-8, de l'an 5-6 de l'H�gire, il est dit que Dieu a conclu une � alliance solennelle � avec les proph�tes et avec les ap�tres, une alliance qu'il n'a pas exig�e de la part des autres gens. Et c'est en fonction de cette alliance que Dieu jugera de leur fid�lit� :
En r�sum�, nous pouvons affirmer, simplement mais avec force, que d'apr�s le Coran, les proph�tes et les ap�tres sont, eux aussi, susceptibles de p�cher. 8. Nous en arrivons ainsi � aborder un sujet d�licat - et qui risque de causer de la peine au lecteur - , mais, dans notre qu�te de la v�rit�, nous ne pouvons pas �luder la question. Que dit le Coran de Muhammad � l'�gard du p�ch� ? En est-il pr�serv� ? Nous allons passer en revue les versets qui en parlent, en respectant l'ordre chronologique de leur r�v�lation. Celui qui se couvre (Al Muddathir) 74.1-5 sourate mecquoise tr�s ancienne :
Le dernier verset est traduit ainsi par Hamidullah : � Et de ce qui irrite Dieu, �carte-toi. � La Clart� du jour (AI-Duh�) 93.6-7, sourate mecquoise ancienne :
C'est ce m�me mot qui est employ� dans la Sourate du Prologue (A1-Fatiha) 1.6-7, qui remonte � la p�riode mecquoise primitive, et que tout musulman r�cite plusieurs fois par jour :
L'Ouverture (A 1am nashrah ) 94.1-7 :
Il est bon de faire le parall�le entre ces versets et ceux qui d�crivent le sort des incr�dules en enfer, tels que les rapporte la Sourate mecquoise tardive des Bestiaux (AI An`�m) 6.31 :
Je rappelle au lecteur que nous avons �tudi� ce mot de � fardeau � dans notre premi�re section et que nous avons vu que � nul ne peut porter le fardeau d'un autre � c'est-�-dire � qu'aucun p�cheur ne peut porter le p�ch� d'un autre �. Sourate � il s'est renfrogn� � (`Abasa) 80.1-1 l, p�riode mecquoise primitive :
Muhammad est repris pour avoir fait preuve de favoritisme. Hamidullah ajoute ici une note : � Ainsi la r�v�lation n'est-elle pas toujours complaisante au Proph�te. � Le Croyant (AI-M�'min) 40.55, sourate mecquoise tardive :
Muhammad 47.19, an 1 de l'H�gire :
Les Femmes (A1 Nis�' ) 4.105-107, an 5-6 de l'H�gire :
Les mots entre parenth�ses, ajout�s par un traducteur, ont �t� plac�s � cet endroit, car, d'apr�s la plupart des commentateurs cit�s par Yusuf Ali, cette r�v�lation fut donn�e � Muhammad au moment o� celui-ci �tait tent� de prendre le parti d'un musulman coupable contre un juif innocent. La Victoire (Al Fath ) 48.1-2, an 6 de l'H�gire :
Le Repentir (Al-Tauba) 9.43, an 9 de l'H�g�re :
Muhammad est repris pour n'avoir pas cherch� la volont� de Dieu, ou pour avoir d�cid� trop h�tivement d'exempter certains du combat. Le Secours (Al-Nasr) 110.3, an 1O de l'H�gire, quelques semaines avant la mort de Muhammad :
Nous pourrions r�sumer toutes ces donn�es ainsi : Muhammad n'a pas commis des p�ch�s aussi graves que ceux que le Coran attribue � Adam, � Jonas et � David. Les actions que Muhammad a commises et qui lui sont reproch�es dans les versets examin�s sont des fautes que commettrait facilement n'importe quel chef ; de nombreux proph�tes qui ont v�cu avant lui ont connu les m�mes faiblesses. Nous ne savons pas comment il faut interpr�ter exactement l'allusion � ton p�ch� � (danbika), mais nous devons reconna�tre que Muhammad, au m�me titre que les proph�tes et messagers �voqu�s pr�c�demment, n'�tait pas sans p�ch�. Le lecteur sera peut-�tre d��u, voire irrit� par cette conclusion. En examinant cet aspect, nous ne cherchons pas � en faire un sujet de joie, mais � d�blayer le terrain en vue d'aborder la grande question de l'intercession. J'avais rappel�, au d�but de cette section, les paroles d'un directeur d'�cole primaire qui affirmait qu'en vertu de l'intercession de Muhammad, aucun musulman ne resterait en enfer. Abi `Abdallah Sulim�n Al jahuli a publi� un de ces fameux � livres jaunes � que l'on trouve dans toute l'Afrique du Nord, et m�me � Marseille, intitul� � (dal�'i1 a1-khairat) (� Preuves du B�ni �) dans lequel Muhammad est pr�sent� comme :
Dans une section qui a pour titre : � Deux cent-un noms de Muhammad �, il est appel� :
D'autres sections font �tat de ses autres noms, tels que :
m�me des noms divins lui sont attribu�s :
Ce livre est si r�pandu et si connu que deux infirmiers d'un dispensaire dans lequel j'ai travaill� en Afrique du Nord en chantaient de longs extraits par coeur. Et puis, il y a cette histoire entendue au Maroc et en Tunisie :
Abreuv�es de ces histoires et de ces credos, les populations d'Afrique du Nord ont acquis la conviction que l'intercession de Muhammad est la chose la plus certaine et la plus efficace qui soit. C'est pourquoi nous nous sentons contraints d'examiner le Coran pour voir s'il fournit r�ellement un support � la croyance si r�pandue dans l'Islam populaire selon laquelle Muhammad serait investi du pouvoir d'intercession au jour du Jugement. L'intercession au jour de la r�surrection d'apr�s le CoranLe Coran mentionne 26 fois le verbe � il interc�de � (shafa`a ) et ses noms d�riv�s en relation avec Dieu6. A l'exception d'un verset que j'examinerai s�par�ment, les autres r�f�rences se classent en trois groupes. Passons-les en revue, en tenant compte du contexte, chaque fois qu'il s'av�rera indispensable � la compr�hension et � la d�monstration. l. Aucune idole ni aucun faux-dieu ne pourra interc�der Celui qui se couvre (Al-Muddathir) 74.48, Sourate mecquoise tr�s ancienne. L'id�e est pr�sente sous deux mots diff�rents :
Ya-S�n 36.23, Sourate de la p�riode mecquoise interm�diaire :
Les Byzantins (AR R�m) 30.13, Sourate de la p�riode interm�diaire :
Les Po�tes (Al-Shu`ar�') 26.100-101, Sourate mecquoise de la p�riode interm�diaire :
Al A`raf 7.53, Sourate mecquoise tardive. L'id�e est exprim�e par le verbe et par un nom :
Le Croyant (Al-M�'min) 40.18, Sourate mecquoise tardive :
Les Bestiaux (AI An`�m) 6.94, Sourate mecquoise tardive :
Jonas ( yunus) 10.18, Sourate mecquoise tardive :
La Vache (AI-Baqara) 2.48, an 2 de l'H�gire :
La Vache (AI-Baqara) 2.123, an 2 de l'H�gire :
La Vache (AI-Baqara) 2.254, an 2 de l'H�gire :
2. Dieu seul a le pouvoir d'interc�der Les Groupes (A1-Zumar) 39.43-44, Sourate mecquoise tardive :
Les Bestiaux (Al-An`�m) 6.70, Sourate mecquoise tardive :
Les Bestiaux 6.51 :
Le Prosternement (AI-Sajda) 32.4, Sourate de la p�riode mecquoise interm�diaire :
3. Seul Dieu accorde la permission d'interc�der L'Etoile (Al-Najm) 53.26, Sourate mecquoise ancienne :
Saba 34.23, Sourate mecquoise ancienne :
Les Proph�tes (A1-Anbiy�') 21.28, Sourate mecquoise de la p�riode interm�diaire :
*** Ce verset confirme l'id�e �mise par les pr�c�dents passages, � savoir que celui qui peut b�n�ficier de l'intercession doit �tre agr�� par Dieu. Marie (Maryam) 19.87, Sourate de la p�riode mecquoise interm�diaire :
Ta-H� 20.109, Sourate de la p�riode mecquoise interm�diaire :
Jonas (yunus) 10.3, Sourate mecquoise tardive :
La Vache (AI Baqara) 2.255, Sourate de l'an 2 de l'H�gire :
*** Ces quatre versets sont clairs : nul n'a le droit d'interc�der, � moins que Dieu ne le lui permette. 4. Intercession que par celui qui rend t�moignage � la v�rit� Il y a encore un verset qui traite du sujet de l'intercession. Mais je le cite � part car il ajoute une pr�cision quant � celui qui seul peut interc�der. C'est ce que nous d�couvrons dans la Sourate de l'Ornement (A1-Zukhruf ) 43.86, Sourate mecquoise tardive :
La question fondamentale est alors celle-ci : quelle est la personne qui rend t�moignage � la v�rit� ? Dans la note qui accompagne ce verset, Yusuf Ali d�clare que beaucoup de commentateurs appliquent ce verset � tout messager qui annonce l'�vangile de l'Unique. D'autres - et Yusuf Ali se range parmi eux - pensent plut�t qu'il ne peut s'agir que de Muhammad. Le verset ne permet pas de trancher. On est donc r�duit � formuler des hypoth�ses. Est-ce Abraham ? Est-ce Muhammad ? Est-ce Mo�se ? Est-ce J�sus ? J�sus est certes le seul prophete � avoir affirm� : � Moi, je suis la v�rit� �. Bref, nous ne savons pas de qui il s'agit. R�sumons. Nous avons rencontr� � 13 reprises dans les 11 versets examin�s, le verbe interc�der ou le nom intercession. Nous avons appris qu'il est stupide et vain de penser que des idoles inertes interc�deront au jour du Jugement ; le m�me mot d'intercession cinq fois r�p�t� dans quatre versets souligne que seul Dieu a le pouvoir d'interc�der ; enfin, au sujet des conditions requises par l'intercesseur, il a �t� clairement �tabli : a) que nul ne peut interc�der - pas m�me les anges - sans la permission de Dieu ; b) que seuls ceux que Dieu agr�e peuvent b�n�ficier d'un minist�re d'intercession ; c) que seul celui qui rend t�moignage � la v�rit� peut interc�der. 5. Autres versets qui traitent de ce sujet, sans que le mot � intercession � soit explicitement mentionn� D'autres versets tir�s du Coran pr�sentent les m�mes enseignements que ceux relev�s pr�c�demment, mais avec des mots et des expressions diff�rentes. Le Bris (AI Infrt�r) 82.19, Sourate mecquoise ancienne :
La Nouvelle (An-Naba') 78.37-38, Sourate mecquoise ancienne :
Les Bestiaux (Al An`�m) 6.164, Sourate mecquoise tardive :
*** Nous avons montr� dans la premi�re section que la partie imprim�e en caract�res gras figurait aussi dans les passages suivants : 17.15 ; 35.18 ; 39.7 ; 53.38. Proph�tes qui ont eu ordre de prier pour autruiCertains versets du Coran parlent de proph�tes qui ont re�u l'ordre de prier en faveur du peuple et d'implorer le pardon pour lui. Pour chacun des proph�tes pass�s en revue, nous examinerons les passages dans l'ordre de leur communication. 1.Textes concernant Muhammad. Muhammad 47.19, an 1 de l'H�gire :
La famille d'Amram (Al `Imr�n) 3.159, an 2 de l'H�gire : Dieu dicte � Muhammad la conduite � tenir � l'�gard des soldats qui lui furent d�sob�issants � Uhud :
Les Hypocrites (Al-Mun�frq�n) 63.5, an 4-5 de l'H�gire ; le texte des hypocrites qui pr�tendent croire, mais :
Les Femmes (An-Nis�') 4.64, an 5-6 de l'H�gire ; il est question de croyants hypocrites qui refusent de revenir � Dieu :
La Lumi�re (An-N�r) 24.62, an 5-6 de l'H�gire. Le contexte fait allusion � ceux qui demandent cong� dans une affaire d'int�r�t commun:
L'Examin�e (AI Mumtahina) 60.12, an 8 de l'H�gire. Ce verset envisage le cas de femmes qui se tournent vers l'Islam :
Le Repentir (At-Tauba) 9.103, an 9 de l'H�gire. Ce passage d�finit l'attitude de Muhammad vis � vis des arabes du d�sert :
Au premier abord, ces versets semblent donner du poids � la doctrine de l'intercession sp�ciale de Muhammad. Cependant, aucune de ces pri�res n'a un lien quelconque avec le jour du jugement ; de plus, comme nous allons le voir maintenant, le Coran pr�sente d'autres proph�tes qui ont accompli un minist�re identique. 2. No� a pri� pour sa famille et pour son peuple, aussi bien que pour lui-m�me. Sa pr�dication est rapport�e dans la Sourate mecquoise ancienne de No� (N�h) 71.2-4, 7, 10 :
Au verset 28 de la m�me Sourate, il est dit :
3. Abraham pria certes pour lui-m�me, mais aussi pour les autres. Abraham (Ibr�him) 14.41, Sourate mecquoise tardive :
Les Po�tes (Al Shu'ara') 26.86, Sourate de la p�riode mecquoise interm�diaire. C'est un extrait de la pri�re d'Abraham :
La Sourate tardive de Houd (H�d) 11.74 rapporte qu'Abraham est m�me intervenu en faveur du peuple d'un autre proph�te, son propre neveu Loth :
4. Jacob est pr�sent� comme ayant demand� pardon pour les p�ch�s de ses dix fils. C'est ce que nous rapporte la Sourate mecquoise tardive de Joseph ( yusuf ) 12.97-98 :
5. La Sourate mecquoise tardive de AI A`raf 7.148-156 raconte l'histoire du veau d'or ; le verset 155 rapporte la pri�re de Mo�se :
R�cits bibliques relatifs � des proph�tes qui ont pri� pour d'autresLa Bible rapporte de nombreux cas de proph�tes qui ont exerc� un minist�re d'intercession de la m�me nature que celui examin� dans le Coran. l. La Torah (Exode 32.31-32) rapporte la pri�re de Mo�se dont nous venons de lire la version dans le Coran :
2. Daniel, le proph�te rapporte ainsi sa pri�re :
3. Amos, le proph�te prie en ces termes :
4. Job fut invit� par Dieu � prier pour ceux qui l'avaient accus� de p�ch� :
5. Paul prie pour ses fr�res et pour la nation juive :
Le passage suivant r�v�le � quel point une flamme intense br�lait dans le coeur de Paul :
6. La Bible rapporte aussi le cas d'un homme � qui Dieu demande de ne plus interc�der. Il s'agit du proph�te J�r�mie � qui Dieu s'adresse en ces mots :
L'examen de ces nombreux textes du Coran et de la Bible nous a r�v�l� qu'il a toujours exist� des proph�tes qui ont interc�d� pour leur contemporains vivants. Nous n'avons pas trouv�, dans le Coran, un seul verset qui annonce que l'un quelconque de ces proph�tes - de No� � Muhammad - aura, au jour du jugement, le pouvoir d'interc�der. La seule source d'information d'une telle croyance pourrait provenir d'un hadith. L'intercession au jour du jugement, d'apr�s le HadithAu moment o� j'eus � coeur de consulter la litt�rature des hadiths sur ce sujet, je d�couvris dans une librairie un exemplaire du livre de An-Nawawi Quarante Hadiths. Je me suis dit que ce livre faciliterait mes recherches. Il me semblait probable que s'il existait un hadith qui parle de l'intercession au jour du jugement, ce grand sp�cialiste de la litt�rature des habits en aurait certainement inclus un dans sa collection. A mon grand �tonnement , pas le moindre hadith n'aborde la question ! Voici ce que d�clare T P Hughes dans son article sur le mot � intercession � relev� dans son ouvrage Dictionary of Islam, en rapport avec le Hadith :
L'auteur de sharh-il Mawaqif d�clare (p. 588) :
Je n'ai pas fait une �tude personnelle pouss�e des hadiths, comme je l'ai fait pour le Coran. Mais l'article ci-dessus montre clairement que les hadiths �mettent des opinions peu nombreuses, et de plus, contradictoires. Il y a si peu de preuves en faveur de l'intercession de Muhammad au jour du jugement que les Mu`tazilites - musulmans rationalistes du deuxi�me si�cle de l'H�gire - pouvaient affirmer cat�goriquement que l'intercession de Muhammad ne mettait pas � l'abri du p�ch�. Il n'est cependant pas n�cessaire de remonter jusqu'aux Mu`tazilites pour trouver un support � cette doctrine. Le fondateur des Wahhabites , Muhammad Ibn `Abd al-Wahhab a �crit un livre intitul� Le livre de l' Unit� vers la fin du 18e si�cle, dans lequel il � condamne les croyances commun�ment admises du pouvoir des saints et des hommes pieux, et les pratiques qui en d�coulent, notamment le culte des saints et les visites aux tombeaux ; il s'en prend aussi � la confiance plac�e dans l'intercession du Proph�te et des saints, tout ce qui constitue en somme le fondement de la pi�t� populaire. �7 La position islamique r�cente face � l' � intercession � a fait l'objet d'un article paru dans The Muslim World League Journal de mai-juin 1983. Sous le titre � Le concept islamique de Dieu et du Proph�te � Cheikh Gamal al�Banna �crit :
Deux hadiths vont dans le m�me sens que l'affirmation de Cheikh al-Banna et que les croyances des Wahhabites, et s'opposent a 1'id�e d'une intercession offerte par Muhammad. Le premier hadith est rapport� par Bukhari, au chapitre XXX du livre T�moignages. Dans ce chapitre intitul� � de la consultation du sort �, l'auteur rapporte l'incident suivant.
Le second hadith se trouve � la page 128 du livre Prophet Muhammad and His Mission publi� en 1967 par Athar Husain. L'auteur d�clare :
Que conclure ? Si Muhammad ne pouvait pas interc�der en faveur d'un disciple musulman si fervent qu'il avait renonc� � sa maison et � sa famille pour suivre Muhammad, ni en faveur de sa propre fille croyante, en faveur de qui pourrait-il bien interc�der ? Rien dans le Coran ni dans les hadiths n'accr�dite la croyance populaire mentionn�e plus haut et qui se terminait par ses mots : � Ma nation, ma nation. � Au lieu d'interc�der pour les autres, les proph�tes cherchent pour eux-m�mes un moyen de s'approcher davantage de Dieu. C'est ce qui ressort de la Sourate du Voyage nocturne (Al Isra') 17.57, de l'an 1 de l'H�gire :
Plut�t que de nous pr�senter des versets qui affirment que Muhammad priera un jour en faveur des croyants, comme beaucoup l'esp�rent, la Sourate des Coalis�s (Al Ahzab) 33.56, d�clare m�me que Dieu et les anges prient pour Muhammad et invite les croyants � prier pour lui et pour son salut :
C'est en raison de ce commandement que chaque fois qu'un musulman mentionne Muhammad par son nom, il ajoute cette pri�re en faveur de son salut. L'ouvrage de 200 pages, Preuves du B�ni, mentionn� plus haut, contient de multiples encouragements � prier en faveur de Muhammad. Souvent , l'intercession de Muhammad en faveur de quelqu'un est directement li�e � la pri�re de ce dernier pour Muhammad, comme le prouvent les citations suivantes :
Malheureusement beaucoup de gens ont re�u ces id�es, les propagent et esp�rent qu'elles sont vraies, alors qu'elles ne trouvent aucun support dans le Coran. Deux des tout premiers musulmansPour conclure cette section, nous allons observer l'attitude qu'ont adopt�e deux des premiers et des plus grands musulmans, au moment o� ils ont senti la mort s'approcher. Apr�s avoir �tudi� l'Islam pendant de nombreuses ann�es, Jens Christensen �crit ceci :
Avez-vous bien remarqu� ces deux petits mots � si � ? Il n'y a rien dans l'islam qui puisse les �ter ; pas m�me le fait qu'Abu Bakr ait h�rit� du titre de `Atiq (libre) en vertu d'une parole que Muhammad lui aurait adress�e : Tu es libre (�pargn�) du feu. T. P Hughes cite les paroles d'Omar :
Pourtant, sur son lit de mort, Omar aurait dit :
Avez-vous remarqu� o� se situe le probl�me d'Omar ? Dans l'incertitude que rend admirablement le petit mot � si � de la derni�re phrase. Ce � si � ne traduit pas un doute d'Omar en regard de sa foi, ou de sa croyance au Dieu unique, ou de la confiance plac�e dans le Proph�te, ou de la qualit� de sa vie morale. Toutes ces choses �taient en r�gle, pour autant qu'elles peuvent l'�tre dans la vie d'un homme. Le � si � s'applique � Allah ; � s'il � ne plaisait pas au Seigneur de lui pardonner. Personne ne peut savoirLors des fun�railles de son p�re Omar, Yazid aurait d�clar� :
Voici donc � nouveau dans la bouche d'un musulman ces deux petits �si�: Si Allah pardonne... Si Allah ch�tie... Cette r�flexion de Yazid me semble parfaitement r�sumer le fond de l'Islam.12
En d'autres mots, Allah exige une soumission absolue de chaque homme, mais lui-m�me ne s'engage jamais � r�v�ler quoi que ce soit � ses serviteurs, consid�r�s comme des individus. Ceux-ci n'ont aucun moyen de savoir s'ils seront sauv�s ou non. La Sourate des Po�tes (AI Shu`ar�') 26.82, de la p�riode mecquoise interm�diaire traduit fort bien cette incertitude qui caract�rise le musulman. Dans ce verset Abraham parle du � Seigneur des mondes... qui me fera mourir puis me donnera la vie (Abraham est certain de ces v�rit�s), et dont je convoite (atma`) qu'Il me pardonne ma faute, au jour de la R�tribution. � (Ainsi, pour ce qui est de son pardon, Abraham ne peut � qu'esp�rer �.) Au verset 51 de la m�me Sourate, Mo�se et Aaron d�clarent � Pharaon :
Rappelons encore le passage de la Sourate 17.57, d�j� mentionn� :
Pour clore ce chapitre, nous allons encore citer trois textes du Coran qui prouvent tr�s clairement que m�me ceux qui auront fait de leur mieux ne peuvent s'attendre qu'� un � peut-�tre � de la part de Allah. Dans la Sourate mecquoise tardive du R�cit (Al Qasas) 28.67, Dieu d�clare � ses croyants :
La m�me id�e est reprise dans la Sourate de l'Interdiction (Al Tahrim) 66.8, de l'an 7 de l'H�gire :
Enfin, dans la Sourate du Repentir (A1-Tauba) 9.18, de l'an 9 de l'H�gire, donc l'une des derni�res Sourates du Coran, Allah d�clare :
Par cons�quent, au dernier jour, chacun se trouvera seul, tout seul, devant un avenir peu rassurant. Si la personne ne croit pas, elle est assur�e d'aller en enfer ; mais m�me si elle croit, elle se tiendra toute seule devant Dieu au jour du jugement. Elle n'aura ni intercesseur, ni ami ; son seul espoir est de pouvoir � �tre �, peut-�tre, parmi les b�nis.
1 Voir 2 Samuel 11 et 12, ainsi que le Psaume 51 qui rapporte la confession de David.[retourner au texte] 2 Editions, Al-Manar, Tunis, 1964, pp. 63-64. [retourner au texte] 3 Ibid , pp. 25-30.[retourner au texte] 4 Ibid. , p. 92. 4[retourner au texte] 5 Ibid, p. 158.[retourner au texte] 6 Des mots form�s sur cette m�me racine se retrouvent quatre fois dans la Sourate 4.85 et une fois dans la Sourate 89.3, sans aucune r�f�rence � l'intercession aupr�s de Dieu.[retourner au texte] 7 Rahman, Islam, op. cit., p. 197.[retourner au texte] 8 The Muslim World League Journal, vol. 10, n� 8, p. 9.[retourner au texte] 9 Sulim�n Al-Jazuli, op. cit., pp. 15-16.[retourner au texte] 10 Cette citation relative � Abu Bakr, ainsi que celles qui suivent, sont tir�es de The Torch of Guidance to the Mystery of Redemption, traduit en anglais par Sir W Muir et imprim� par la soci�t� des tracts religieux, Londres.[retourner au texte] 11 Hughes, op. cit., p. 654.[retourner au texte] 12 The Practical Approach, Cours par correspondance, Pakistan, p. 379. Nouvelle publication en 1977, p. 379. [retourner au texte] 13 Ibid., p. 381.[retourner au texte] |