Le pouvoir de l'intercession.

Nous avons vu, au cours du chapitre pr�c�dent, que certains rabbis juifs croyaient en un Messie qui viendrait pour souffrir et pour interc�der. Pourtant, quand nous autres, chr�tiens, affirmons que J�sus est le Messie qui est venu pour interc�der en faveur de tous ceux qui l'acceptent comme Sauveur, les musulmans r�pondent g�n�ralement : � Non, c'est Muhammad qui a le pouvoir d'interc�der. � Le directeur d'une �cole primaire en Tunisie m'a affirm� qu'aucun musulman ne resterait en enfer, parce que Muhammad interviendrait en faveur de chacun d'eux.

Lorsque les chr�tiens disent que seul J�sus a le droit d'interc�der parce qu'il �tait parfait et sans p�ch�, on leur r�torque presque toujours : � Mais tous les proph�tes sont pr�serv�s ou gard�s (ma`sicum ) du p�ch�. �

Au chr�tien qui d�clare que J�sus est mort pour nos p�ch�s, le musulman r�plique souvent que Dieu ne permettra pas qu'un seul de ses proph�tes choisis soit mis � mort.

Nous allons donc revenir au Coran et examiner quel est son point de vue sur ces affirmations, en commen�ant par la derni�re.

Dieu a-t-il jamais permis que ses proph�tes choisis soient mis � mort?

Huit versets du Coran traitent de ce sujet. Ils semblent tous adress�s aux juifs.

Sourate de la Vache (AI Baqara) 2.91, de l'an 2 de l'H�gire :

� Et quand on leur dit : `Croyez � ce que Dieu a fait descendre', ils disent : `Nous croyons � ce qu'on nous a fait descendre � nous'. Et ils m�croient le reste, cela m�me qui, �tant v�rit�, confirme ce qui EST AVEC EUX. Dis : `Pourquoi tuiez-vous donc les proph�tes de Dieu, auparavant, si vous �tiez croyants ?�

Sourate de la famille d'Amram (Al `Imr�n) 3.112, de l'an 3 de l'H�gire :

� ... pour avoir m�cru aux signes de Dieu, oui, et assassin� sans droit les proph�tes... �

M�me Sourate, verset 181 :

� Nous enregistrons leur dire, ainsi que leur meurtre sans droit des proph�tes. �

Sourate des Femmes (Al Nis�' ) 4.155, de l'an 5-6 de l'H�gire :

�  Tout est venu de leur rupture de l'alliance, et de leur m�cr�ance aux signes de Dieu, et de leur meurtre sans droit des proph�tes, et de leur parole : `Nos coeurs sont incirconcis... si bien qu'� part quelques-uns, ils ne croiront pas.' �

Dans la Sourate de la famille d'Amran (Al `Imr�n) 3.21, de l'an 3 de l'H�gire, nous d�couvrons une accusation plus g�n�rale. Car outre les proph�tes, les incroyants cherchent � tuer des profanes qui commandent la justice :

� Oui, ceux qui m�croient aux signes de Dieu et tuent sans droit les proph�tes et tuent ceux des gens qui commandent la justice, annonce-leur un ch�timent douloureux. �

Enfin, dans un troisi�me groupe de versets, nous apprenons qu'en plus des proph�tes, des ap�tres (ou messagers) ont aussi �t� mis � mort.

Sourate de la Vache (AI Baqara) 2.87, de l'an 2 de l'H�gire :

� Or, � Mo�se Nous avons donn� le Livre certes, et apr�s lui Nous avons envoy� des messagers � la suite. Et � J�sus fils de Marie Nous avons donn� des preuves et Nous l'avons aid� de l'Esprit de saintet�. Chaque fois donc qu'un messager vous apportait ce que vous-m�mes ne d�sirez pas, comme vous vous enfliez ! Car les uns vous traitiez de menteurs et les autres vous tuiez. �

Sourate de la famille d'Amram (AI `Imr�n) 3.183, de l'an 3 de l'H�gire :

� Dis : Mais des messagers avant moi sont venus avec des preuves, et avec ce que vous dites ! Pourquoi donc les avez-vous tu�s, si vous �tes v�ridiques ? �

Sourate du Plateau servi (AI Ma'ida) 5.70, de l'an 10 de l'H�gire :

� Nous avions pris l'engagement des enfants d'Isra�l, tr�s certainement, et Nous leur avons envoy� des messagers. Mais chaque fois qu'un messager leur apporte ce que leurs �mes ne d�sirent pas, ils traitent les uns de menteurs et ils tuent les autres. �

De ces huit versets on peut d�duire (a) que des personnes justes qui enseignaient la justice (b) que des proph�tes de Dieu, et (c) que des ap�tres (ou messagers) de Dieu ont �t� tu�s, � une �poque ou � une autre, et souvent par la main des chefs juifs.

Le proph�te Yahy� Ibn Zakar�y� (Jean-Baptiste) illustre bien cette v�rit�. Bien que sa mort ne soit pas mentionn�e dans le Coran, elle est attest�e � la fois par l'Evangile et par l'historien juif Flavius Jos�phe. Dans son livre Histoire Ancienne des Juifs, au livre XVIII et au chapitre 7, Jos�phe �crit :

� Car H�rode (le roi des Juifs) avait fait mettre � mort Jean, surnomm� Baptiste, qui �tait un homme de grande pi�t� et qui exhortait les Juifs � embrasser la vertu � (l'italique est de l'auteur du pr�sent ouvrage).

Les mots en italiques sont, � peu de choses pr�s, les synonymes de l'expression coranique � ceux qui commandaient la justice �.

Nous devons donc honn�tement conclure qu'un musulman qui pr�tend que Dieu ne peut pas admettre qu'un de ses proph�tes ou qu'un de ses messagers - J�sus, par exemple - soit tu�, est totalement dans l'erreur. Le Coran t�moigne que le Seigneur Souverain et Tout-Puissant a tol�r� ces crimes dans le pass�.

Les proph�tes sont-ils pr�serv�s (ma`sum) du p�ch� ?

l. Selon les musulmans, Adam �tait le premier proph�te. Le Coran affirme pourtant qu'il a �t� chass� du jardin c�leste parce qu'il avait p�ch�. C'est ce que d�clare la Sourate Ta-Ha 20.120-121, de la p�riode mecquoise interm�diaire :

� puis le Diable le tenta en disant... Puis tous deux en mang�rent... Et Adam d�sob�it (`asa ) � son Seigneur. Et il erra (ghawa ). �

Bien que les noms d'Adam et d'Eve ne figurent pas explicitement dans la Sourate de AI A`raf 7.189-190 de la p�riode mecquoise tardive, il semble cependant assez �vident que c'est bien d'eux qu'il s'agit (ainsi qu'en 4.1 qui reprend la m�me expression) :

� C'est Lui qui vous a cr��s d'un individu unique, et qui a fait, de lui, pour lui son �pouse pr�s de qui il put habiter...

Puis, lorsqu'Il leur eut donn� un bien-portant, tous deux assign�rent � Dieu des Associ�s (shuraka' ).

Mais pour l'islam, � assigner � Dieu des associ�s � �quivaut � commettre le p�ch� impardonnable. C'est un p�ch� plus grave que la r�bellion.

2. De No�, il est �crit dans la Sourate mecquoise tardive de Houd 1 1.45-47 :

� Et No� invoqua son Seigneur et dit : `Vraiment, Seigneur, mon fils est de ma famille (et comme tel doit �tre sauv�)'.. , . Et Dieu dit : `O No�, celui-l� n'est pas de ta famille ; il est vraiment le M�fait en personne. Ne me demande donc pas ce dont tu n'as science aucune. Je t'exhorte, oui, sans quoi tu serais du nombre des ignorants.'

Alors No� : `Te demander ce dont je n'ai science aucune ? Contre cela, Seigneur, je cherche Ta protection. Et si tu ne me pardonnes pas et ne me fais pas mis�ricorde, je serai du nombre des perdants.'

Que conclure de ce r�cit ? La requ�te de No� pour que son fils incroyant soit �pargn� est si naturelle, si humaine, si normale que nous avons de la peine � y voir une attitude coupable, un p�ch�. Pourtant Dieu le reprend s�v�rement, et No� reconna�t qu'il a p�ch� en refusant d'accepter la volont� de Dieu. C'est pourquoi il implore la mis�ricorde et le pardon de Dieu.

3. Nous pouvons aussi citer Abraham, le p�re des trois grandes religions monoth�istes.

La Sourate d'Abraham (Ibr�him) 14.41 rapporte une de ses pri�res :

� O notre Seigneur, pardonne-moi, et � mes p�re et m�re, et aux croyants, le jour o� se dressera le compte. �

Dans la Sourate des Po�tes (AI-Shu`ar�') 26.77,81-82, de la p�riode mecquoise interm�diaire, il d�clare :

� Un ennemi � moi que tout cela ! Mais pas le Seigneur des mondes... qui me fera mourir puis me donnera la vie, et c'est Lui dont je convoite qu'il me pardonne ma faute (khati ati ) au jour de la R�tribution,�

Abraham ne sollicite pas un pardon au sens g�n�ral, comme c'�tait le cas dans la premi�re citation du patriarche, mais le pardon pour sa faute personnelle.

4. Mo�se lui-m�me, le grand messager de Dieu, celui auquel Dieu parlait � face � face � a �t� r�primand�. La Sourate du R�cit (AI-Qasas) 28.15-16, de la p�riode mecquoise tardive rapporte ceci :

� Or, entrant dans la ville... il y trouva deux hommes qui se battaient, celui-l� de ses partisans, celui-l� de ses adversaires. Puis l'homme de ses partisans l'appela au secours contre l'homme de ses adversaires � qui donc Mo�se donna un coup de poing qui l'acheva. `�a, dit Mo�se, c'est du travail du Diable ! Vraiment c'est un ennemi qui manifestement �gare !' Et encore : `Seigneur, je me suis manqu� � moi-m�me ; pardonne-moi donc ! Il lui pardonna donc. C'est Lui vraiment le pardonneur, le mis�ricordieux !' �

D'apr�s Yusuf Ali, Mo�se n'avait pas pr�m�dit� ce meurtre de l'Egyptien, il avait uniquement voulu porter secours au Juif. C'est pourquoi Mo�se demande � Dieu pardon d'avoir tu� cet homme.

5. Arr�tons-nous encore � l'exemple de David, l'auteur des Zab�r ou Psaumes. Voici ce que rapporte la Sourate de S�d 38.21-25, de la p�riode mecquoise primitive :

� Et t'est-elle parvenue, la nouvelle des plaideurs, quand ils grimp�rent au mur du sanctuaire ?

Quand ils furent entr�s pr�s de David et qu'il en eut �t� effray�, ils dirent : `N'aie pas peur ! Voici deux plaideurs... Juge donc en droit entre nous, et ne sois pas partial'..

`Oui voici en effet mon fr�re : il a quatre-vingt-dix-neuf brebis, tandis que je n'ai qu'une brebis ; puis il m'a dit : Confie-la moi ; et dans la conversation il a beaucoup fait pression sur moi.'

`Tr�s certainement, dit David, il t'a manqu�, en demandant ta brebis en plus de ses brebis'... Sauf ceux qui croient, et font oeuvres bonnes ; - cependant il y en a peu ! Et David pensa que Nous l'avions mis � l'�preuve. Rien d'autre. Il demanda donc pardon � son Seigneur, et tomba � genoux, et s'inclina. �

Pour Yusuf Ali, il ne s'agirait pas dans ce r�cit de l'adult�re que David commit avec Bathsh�ba suivi du crime perp�tr� contre Urie, le mari de Bathsh�ba afin de camoufler le p�ch�, r�cit rapport� en d�tail dans la Torah-Ancien Testament 1.

Hamidullah, quant � lui, pense que le Coran fait ici bien allusion � cet �pisode de la vie de David. Je partage son point de vue pour deux raisons. La premi�re, c 'est que la parabole des 99 brebis d'un c�t� et de la brebis unique de l'autre, se retrouve dans le Coran et dans la Bible ; la seconde raison, c'est que le verset 26 de la m�me Sourate semble clairement indiquer la nature de la faute commise par David :

� O David... juge donc en droit parmi les gens et ne suis pas la passion (al-haw�, ) (du coeur), ou elle t'�garera du sentier de Dieu. �

Mais qu'il s'agisse de l'adult�re ou non, le texte fait clairement r�f�rence � un p�ch� particulier, pour lequel David demande pardon en tombant sur ses genoux et en s'inclinant, et � Dieu LE lui pardonna �.

6. Au verset 35 de la m�me Sourate (S�d ) Salomon implore :

� Seigneur, pardonne-moi ! �,

bien que la nature de son p�ch� n'apparaisse pas clairement ; peut �tre se reproche-t-il d'avoir aim� les chevaux plus que Dieu ?

7. Arr�tons-nous plus longuement au cas du proph�te Jonas. I1 avait d�lib�r�ment refus� d'obtemp�rer � l'ordre de Dieu qui lui avait command� d'aller � Ninive pour avertir ses habitants. Jonas s'embarqua pour fuir loin de Dieu. Voici comment la Sourate des Rang�es en rangs (AI-S�ffat) 37.142-144, de la p�riode mecquoise primitive, poursuit le r�cit :

� Puis un poisson fit une bouch�e de lui qui se bl�mait (mulim, ). Puis s'il n'avait pas �t� de ceux qui chantent puret�, il serait demeur� dans son ventre jusqu'au jour o� l'on sera ressuscit� �.

Le cri de repentance de Jonas dans le ventre du poisson est rapport� dans la Sourate des Proph�tes (Al-Anbiya' ) 21.87, de la p�riode mecquoise interm�diaire :

�Puis il fit, dans les t�n�bres, l'appel que voici : � Pas de Dieu que Toi ! Puret� � Toi ! Oui, j'ai �t� des pr�varicateurs (z�limin).�

Ainsi Jonas reconna�t qu'il a �t� un �  pr�varicateur � ou un � injuste � (D. Masson) : Dieu lui-m�me le qualifie de � bl�mable �, ce mot d�j� employ� par le Coran � propos de l'attitude de Pharaon que Dieu pr�cipita dans la mer (Sourate 51.40).

Dans les versets mentionn�s, nous avons donc constat� que sept proph�tes , dont deux furent aussi des messagers, se d�signent eux-m�mes comme p�cheurs ou sont qualifi�s tels par Dieu, et invit�s � se repentir.

Si le p�ch� de No� ou de Salomon para�t � b�nin � car il traduit une disposition du coeur fort r�pandue, en somme presque � normale �, ces hommes n'en sont pas moins exhort�s � demander pardon. Plus grave est le cas d'Adam et de Jonas. Du premier le Coran affirme qu'il s'est � rebell� � (`as�) en � assignant des Associ�s (shurak�' ) � Dieu �. Quant au second, il est jug� � bl�mable � (mulim) pour avoir refus� d'ob�ir au commandement de Dieu.

Abraham demande un pardon particulier pour � son p�ch� (khatia) � ; quant aux deux messagers, Mo�se et David, ils doivent se repentir l'un d'avoir commis un meurtre, l'autre un adult�re suivi d'un meurtre. Si on peut estimer que le geste meurtrier de Mo�se est accidentel et non pr�m�dit�, il n'en va pas de m�me pour David qui reste pleinement responsable des actions r�pr�hensibles commises.

Nous avons donne des preuves fournies par le Coran que, contrairernent aux all�gations de certains musulmans, les proph�tes et les messagers n'ont pas �t� � l'abri de grands p�ch�s.

Un juge de la Cour d'Appel de Tanger avait affirm� un jour que des actes, consid�r�s comme p�ch�s lorsqu'ils sont commis par des gens ordinaires, ne l'�taient plus lorsqu'ils �taient accomplis par des proph�tes. Je le mis alors au d�fi de me dire lequel serait plus s�v�rement puni � son tribunal : celui qui conna�t la loi et la transgresse, ou celui qui la transgresse sans la conna�tre ? Il me r�pondit aussit�t que c'est la personne qui transgresse la loi en pleine connaissance de cause qui m�rite la sanction la plus s�v�re. La le�on est donc claire : la responsabilit� d'un proph�te ou d'un messager qui p�che est aggrav�e, et non att�nu�e.

Le Coran souscrit pleinement � cette affirmation. Dans la Sourate des Coalis�s (AI-Ahz�b) 33.7-8, de l'an 5-6 de l'H�gire, il est dit que Dieu a conclu une � alliance solennelle � avec les proph�tes et avec les ap�tres, une alliance qu'il n'a pas exig�e de la part des autres gens. Et c'est en fonction de cette alliance que Dieu jugera de leur fid�lit� :

� Lorsque nous avons conclu l'alliance avec les proph�tes - et avec toi (Muhammad) - avec No�, Abraham, Mo�se et J�sus fils de Marie nous avons conclu avec eux une alliance solennelle afin que Dieu demande compte aux v�ridiques de leur sinc�rit� � (Trad. D. Masson).

En r�sum�, nous pouvons affirmer, simplement mais avec force, que d'apr�s le Coran, les proph�tes et les ap�tres sont, eux aussi, susceptibles de p�cher.

8. Nous en arrivons ainsi � aborder un sujet d�licat - et qui risque de causer de la peine au lecteur - , mais, dans notre qu�te de la v�rit�, nous ne pouvons pas �luder la question.

Que dit le Coran de Muhammad � l'�gard du p�ch� ? En est-il pr�serv� ?

Nous allons passer en revue les versets qui en parlent, en respectant l'ordre chronologique de leur r�v�lation. Celui qui se couvre (Al Muddathir) 74.1-5 sourate mecquoise tr�s ancienne :

� O toi qui es rev�tu d'un manteau ! L�ve-toi et avertis !

Glorifie ton Seigneur ! Purifie tes v�tements !

Et fuis l'abomination � (Trad. D. Masson).

Le dernier verset est traduit ainsi par Hamidullah : � Et de ce qui irrite Dieu, �carte-toi. �

La Clart� du jour (AI-Duh�) 93.6-7, sourate mecquoise ancienne :

�Quoi ! Ne t'a-t-il pas trouv� orphelin? Puis Il a donn� asile !

Et ne t'a-t-il pas trouv� �gar� (d�llan ). Puis Il a guid� ! �

C'est ce m�me mot qui est employ� dans la Sourate du Prologue (A1-Fatiha) 1.6-7, qui remonte � la p�riode mecquoise primitive, et que tout musulman r�cite plusieurs fois par jour :

� Guide-nous dans le chemin droit, le chemin de ceux que Tu as combl�s de bienfaits, non pas de ceux qui ont encouru col�re, ni de ceux qui s'�garent (d�llin ).

L'Ouverture (A 1am nashrah ) 94.1-7 :

� N'avons-nous pas ouvert pour toi (Muhammad) ta poitrine et mis � bas de toi ton fardeau (wizrak ) qui �crasait ton dos ? Et �lev� haut pour toi ta renomm�e ? Oui, car � c�t� de la difficult� est une facilit�. Quand tu es libre, donc, l�ve-toi et aspire � ton Seigneur. �

Il est bon de faire le parall�le entre ces versets et ceux qui d�crivent le sort des incr�dules en enfer, tels que les rapporte la Sourate mecquoise tardive des Bestiaux (AI An`�m) 6.31 :

� ... Et ils porteront leurs fardeaux (auz�rahum ) sur leurs dos. Mauvais, n'est-ce pas ce qu'ils portent ! �

Je rappelle au lecteur que nous avons �tudi� ce mot de � fardeau � dans notre premi�re section et que nous avons vu que � nul ne peut porter le fardeau d'un autre � c'est-�-dire � qu'aucun p�cheur ne peut porter le p�ch� d'un autre �. Sourate � il s'est renfrogn� � (`Abasa) 80.1-1 l, p�riode mecquoise primitive :

� Il (le proph�te) s'est renfrogn� et a tourn� le dos parce que l'Aveugle est venu � lui. Qui te dira ? Peut-�tre se purifiera-t-il ou se rappellera-t-il, de sorte-te que le Rappel lui profite !

Quant � celui qui cherche � se mettre au large, alors tu t'en occupes ! Or, que t'importe qu'il ne se purifie pas ?

Et quant � celui qui vient � toi et qui s'empresse tout en redoutant, alors tu te distrais de lui !

Non, non ! Vraiment ceci est un Rappel. �

Muhammad est repris pour avoir fait preuve de favoritisme. Hamidullah ajoute ici une note : � Ainsi la r�v�lation n'est-elle pas toujours complaisante au Proph�te. �

Le Croyant (AI-M�'min) 40.55, sourate mecquoise tardive :

� Endure (toi, Muhammad) avec constance donc, - la promesse de Dieu est v�rit� - et implore pardon pour ton p�ch� (danbika ) et, par la louange de ton Seigneur, soir et matin, chante puret�. �

Muhammad 47.19, an 1 de l'H�gire :

� Sache donc qu'en v�rit�, point de Dieu que Dieu lui-m�me. Et implore pardon pour ton p�ch� (danbika ), ainsi que pour les croyants et les croyantes. �

Les Femmes (A1 Nis�' ) 4.105-107, an 5-6 de l'H�gire :

� Oui, nous avons fait descendre vers toi le Livre avec v�rit�, pour que tu juges entre les gens, au moyen de ce que Dieu te montre. Et ne te fais pas l'avocat des tra�tres.

Et implore de Dieu pardon (pour tes coupables intentions). Dieu demeure pardonneur, mis�ricordieux, vraiment.

Et ne dispute pas en faveur de ceux qui se trahissent eux-m�mes. Dieu, vraiment, n'aime pas celui qui demeure grand tra�tre, p�cheur. �

Les mots entre parenth�ses, ajout�s par un traducteur, ont �t� plac�s � cet endroit, car, d'apr�s la plupart des commentateurs cit�s par Yusuf Ali, cette r�v�lation fut donn�e � Muhammad au moment o� celui-ci �tait tent� de prendre le parti d'un musulman coupable contre un juif innocent.

La Victoire (Al Fath ) 48.1-2, an 6 de l'H�gire :

� Oui, Nous t'avons rendu victorieux d'une victoire �clatante, afin que Dieu te pardonne tes premiers et tes derniers p�ch�s (danbika ) ; qu'il parach�ve sa gr�ce en toi et qu'Il te dirige sur la voie droite. �

Le Repentir (Al-Tauba) 9.43, an 9 de l'H�g�re :

� Que Dieu te (Muhammad) pardonne ! Pourquoi leur as-tu donn� cong� jusqu'� ce que te fussent manifestes ceux qui disaient vrai et reconnus les menteurs.�

Muhammad est repris pour n'avoir pas cherch� la volont� de Dieu, ou pour avoir d�cid� trop h�tivement d'exempter certains du combat.

Le Secours (Al-Nasr) 110.3, an 1O de l'H�gire, quelques semaines avant la mort de Muhammad :

� Alors, par la louange, chante puret� de ton Seigneur et implore-Lui pardon. Oui II demeure grand accueillant au repentir. �

Nous pourrions r�sumer toutes ces donn�es ainsi : Muhammad n'a pas commis des p�ch�s aussi graves que ceux que le Coran attribue � Adam, � Jonas et � David. Les actions que Muhammad a commises et qui lui sont reproch�es dans les versets examin�s sont des fautes que commettrait facilement n'importe quel chef ; de nombreux proph�tes qui ont v�cu avant lui ont connu les m�mes faiblesses. Nous ne savons pas comment il faut interpr�ter exactement l'allusion � ton p�ch� � (danbika), mais nous devons reconna�tre que Muhammad, au m�me titre que les proph�tes et messagers �voqu�s pr�c�demment, n'�tait pas sans p�ch�.

Le lecteur sera peut-�tre d��u, voire irrit� par cette conclusion. En examinant cet aspect, nous ne cherchons pas � en faire un sujet de joie, mais � d�blayer le terrain en vue d'aborder la grande question de l'intercession.

J'avais rappel�, au d�but de cette section, les paroles d'un directeur d'�cole primaire qui affirmait qu'en vertu de l'intercession de Muhammad, aucun musulman ne resterait en enfer.

Abi `Abdallah Sulim�n Al jahuli a publi� un de ces fameux � livres jaunes � que l'on trouve dans toute l'Afrique du Nord, et m�me � Marseille, intitul� �  (dal�'i1 a1-khairat) (� Preuves du B�ni �) dans lequel Muhammad est pr�sent� comme :

� Intercesseur de la nation, et intercesseur parmi les Intercesseurs au Jour de Jugement �2.

Dans une section qui a pour titre : � Deux cent-un noms de Muhammad �, il est appel� :

�.. . Parfait... V�rit�... Intercesseur... l'esprit de Saintet�... l'esprit de V�rit�... la cl� du Ciel... Pardonnant les p�ch�s...et le D�tenteur de l'intercession... � 3.

D'autres sections font �tat de ses autres noms, tels que :

� Lumi�re des Lumi�res... Seigneur du Juste 4 � ;

m�me des noms divins lui sont attribu�s :

� Le Gr�cieux (AR-Ra'�f )� � le Mis�ricordieux (AR-Rahim)�5

Ce livre est si r�pandu et si connu que deux infirmiers d'un dispensaire dans lequel j'ai travaill� en Afrique du Nord en chantaient de longs extraits par coeur.

Et puis, il y a cette histoire entendue au Maroc et en Tunisie :

�Au jour de la r�surrection

Le peuple de Mo�se lui dira : `O Mo�se, interc�de pour nous !'

Il r�pondit : `Pour moi-m�me. Pour moi-m�me.'

' Le peuple de J�sus lui dit : `O J�sus, interc�de pour nous !'

Il r�pondit : `Pour moi-m�me. Pour moi-m�me.'

Le peuple de Muhammad lui dit : `O Muhammad, interc�de pour nous !'

Il r�pondit : `Ma nation. Ma nation.'

Abreuv�es de ces histoires et de ces credos, les populations d'Afrique du Nord ont acquis la conviction que l'intercession de Muhammad est la chose la plus certaine et la plus efficace qui soit. C'est pourquoi nous nous sentons contraints d'examiner le Coran pour voir s'il fournit r�ellement un support � la croyance si r�pandue dans l'Islam populaire selon laquelle Muhammad serait investi du pouvoir d'intercession au jour du Jugement.

L'intercession au jour de la r�surrection d'apr�s le Coran

Le Coran mentionne 26 fois le verbe � il interc�de � (shafa`a ) et ses noms d�riv�s en relation avec Dieu6. A l'exception d'un verset que j'examinerai s�par�ment, les autres r�f�rences se classent en trois groupes.

Passons-les en revue, en tenant compte du contexte, chaque fois qu'il s'av�rera indispensable � la compr�hension et � la d�monstration.

l. Aucune idole ni aucun faux-dieu ne pourra interc�der

Celui qui se couvre (Al-Muddathir) 74.48, Sourate mecquoise tr�s ancienne. L'id�e est pr�sente sous deux mots diff�rents :

�Ne leur profitera pas, donc, l'intercession des intercesseurs. �

Ya-S�n 36.23, Sourate de la p�riode mecquoise interm�diaire :

�Prendrais je hors de Lui des dieux ? Leur intercession si le Tr�s Mis�ricordieux me (Muhammad) veut du mal ne me mettra au large en rien, et ils ne sauront pas me sauver. �

Les Byzantins (AR R�m) 30.13, Sourate de la p�riode interm�diaire :

� Et pour eux, plus d'intercesseurs parmi leurs dieux ; et ils m�croient m�me leurs dieux. �

Les Po�tes (Al-Shu`ar�') 26.100-101, Sourate mecquoise de la p�riode interm�diaire :

�Et pour nous , pas d'intercesseurs, non plus que de chaleureux ami ! �

Al A`raf 7.53, Sourate mecquoise tardive. L'id�e est exprim�e par le verbe et par un nom :

� Y a-t-il pour nous des intercesseurs qui puissent interc�der en notre faveur ? � (D'apr�s le contexte la question �quivaut � : � O� sont nos faux dieux pour nous aider ? �)

Le Croyant (Al-M�'min) 40.18, Sourate mecquoise tardive :

� ... que les pr�varicateurs n'auront ni ami z�l�, ni intercesseur ob�i. �

Les Bestiaux (AI An`�m) 6.94, Sourate mecquoise tardive :

� Nous ne voyons pas avec vous vos intercesseurs (faux dieux), les associ�s dont vous pr�tendiez qu'ils �taient chez vous. �

Jonas ( yunus) 10.18, Sourate mecquoise tardive :

� Et ce qu'ils adorent au lieu de Dieu ne leur nuit ni ne leur profite ; et ils disent : `Voil� nos intercesseurs pr�s de Dieu !'

La Vache (AI-Baqara) 2.48, an 2 de l'H�gire :

�  Et redoutez le Jour o� nulle �me ne suffira en quoi que ce soit � une autre ; et l'on n'acceptera d'elle aucune intercession. Et l'on ne recevra d'elle aucune compensation. Et point ne seront secourus. �

La Vache (AI-Baqara) 2.123, an 2 de l'H�gire :

� Et redoutez le Jour o� nulle �me ne suffira � une autre ; et l'on n'acceptera d'elle aucune compensation, et aucune intercession ne lui sera utile. Et point ne seront secourus. �

La Vache (AI-Baqara) 2.254, an 2 de l'H�gire :

� ... avant que vienne le Jour o� il n'y aura plus ni marchandage ni amiti� ni intercession. �

2. Dieu seul a le pouvoir d'interc�der

Les Groupes (A1-Zumar) 39.43-44, Sourate mecquoise tardive :

� Ont-ils adopt�, en dehors de Dieu, des intercesseurs ? Dis : `Quoi ! M�me si ceux-ci ne sont ma�tres de rien ? ni ne comprennent ?'

Dis : `A Dieu l'intercession toute enti�re.'

Les Bestiaux (Al-An`�m) 6.70, Sourate mecquoise tardive :

� Et parce qu'une �me serait abandonn�e � la perdition � cause de ce qu'elle s'acquiert, rappelle, par ceci, qu'elle n'a en dehors de Dieu, ni patron ni intercesseur ; et offrirait-elle n'importe quel �quivalent, ce ne serait pas re�u d'elle �

Les Bestiaux 6.51 :

� Et par ceci avertis ceux qui, n'ayant pour eux hors de Dieu ni ami ni intercesseur craignent d'�tre rassembl�s vers leur Seigneur. Peut-�tre se comporteront-ils en pi�t� ? �

Le Prosternement (AI-Sajda) 32.4, Sourate de la p�riode mecquoise interm�diaire :

� Vous n'avez en dehors de lui ni patron ni intercesseur ,�

3. Seul Dieu accorde la permission d'interc�der

L'Etoile (Al-Najm) 53.26, Sourate mecquoise ancienne :

� Et combien d'anges dans les cieux ? Leur intercession ne met au large en rien, sauf apr�s que Dieu l'a permis, en faveur de qui Il veut et qu'Il agr�e �

Saba 34.23, Sourate mecquoise ancienne :

� Et l'intercession aupr�s de Lui ne profite qu'� celui en faveur de qui Il donne permission. �

Les Proph�tes (A1-Anbiy�') 21.28, Sourate mecquoise de la p�riode interm�diaire :

� Et ils (anges ou messagers) n'interc�dent qu'en faveur de qui Lui pla�t, tandis qu'ils sont craintifs par peur de Lui �***

*** Ce verset confirme l'id�e �mise par les pr�c�dents passages, � savoir que celui qui peut b�n�ficier de l'intercession doit �tre agr�� par Dieu.

Marie (Maryam) 19.87, Sourate de la p�riode mecquoise interm�diaire :

� Ils ne sont point ma�tres d'intercession. Sauf celui qui aura pris un engagement aupr�s du Tr�s Mis�ricordieux. �

Ta-H� 20.109, Sourate de la p�riode mecquoise interm�diaire :

� Ce jour-l�, l'intercession ne profitera qu'� qui le Tr�s Mis�ricordieux permettra et en faveur de qui il agr�era une parole. �

Jonas (yunus) 10.3, Sourate mecquoise tardive :

� Il n'y a d'intercesseur qu'apr�s permission de Lui ,�

La Vache (AI Baqara) 2.255, Sourate de l'an 2 de l'H�gire :

� A Lui tout ce qui est dans les cieux et tout ce qui est sur la terre. Qui peut interc�der aupr�s de Lui, que par Sa permission ? � ***

*** Ces quatre versets sont clairs : nul n'a le droit d'interc�der, � moins que Dieu ne le lui permette.

4. Intercession que par celui qui rend t�moignage � la v�rit�

Il y a encore un verset qui traite du sujet de l'intercession. Mais je le cite � part car il ajoute une pr�cision quant � celui qui seul peut interc�der. C'est ce que nous d�couvrons dans la Sourate de l'Ornement (A1-Zukhruf ) 43.86, Sourate mecquoise tardive :

� Et ceux (les faux dieux) qu'ils invoquent, en dehors de Lui, ne sont pas ma�tres d'intercession. Sauf celui qui t�moigne de la v�rit� car ils savent. �

La question fondamentale est alors celle-ci : quelle est la personne qui rend t�moignage � la v�rit� ?

Dans la note qui accompagne ce verset, Yusuf Ali d�clare que beaucoup de commentateurs appliquent ce verset � tout messager qui annonce l'�vangile de l'Unique. D'autres - et Yusuf Ali se range parmi eux - pensent plut�t qu'il ne peut s'agir que de Muhammad.

Le verset ne permet pas de trancher. On est donc r�duit � formuler des hypoth�ses. Est-ce Abraham ? Est-ce Muhammad ? Est-ce Mo�se ? Est-ce J�sus ?

J�sus est certes le seul prophete � avoir affirm� : � Moi, je suis la v�rit� �. Bref, nous ne savons pas de qui il s'agit.

R�sumons. Nous avons rencontr� � 13 reprises dans les 11 versets examin�s, le verbe interc�der ou le nom intercession. Nous avons appris qu'il est stupide et vain de penser que des idoles inertes interc�deront au jour du Jugement ; le m�me mot d'intercession cinq fois r�p�t� dans quatre versets souligne que seul Dieu a le pouvoir d'interc�der ; enfin, au sujet des conditions requises par l'intercesseur, il a �t� clairement �tabli :

a) que nul ne peut interc�der - pas m�me les anges - sans la permission de Dieu ;

b) que seuls ceux que Dieu agr�e peuvent b�n�ficier d'un minist�re d'intercession ;

c) que seul celui qui rend t�moignage � la v�rit� peut interc�der.

5. Autres versets qui traitent de ce sujet, sans que le mot � intercession � soit explicitement mentionn�

D'autres versets tir�s du Coran pr�sentent les m�mes enseignements que ceux relev�s pr�c�demment, mais avec des mots et des expressions diff�rentes.

Le Bris (AI Infrt�r) 82.19, Sourate mecquoise ancienne :

� Le jour o� personne ne sera ma�tre de quoi que ce soit pour personne. Et � Dieu, ce jour-l�, le commandement ! �

La Nouvelle (An-Naba') 78.37-38, Sourate mecquoise ancienne :

� ... le Tr�s Mis�ricordieux, � qui ils ne seront pas ma�tres d'adresser la parole ; le jour o� l'esprit et les anges se dresseront en rangs, nul ne saura parler, - que celui � qui le Tr�s Mis�ricordieux aura accord� permission. Or il dit vrai ! �

Les Bestiaux (Al An`�m) 6.164, Sourate mecquoise tardive :

� Chaque homme ne commet le mal qu'� son propre d�triment. Nul ne portera le fardeau d'un autre. Vous reviendrez ensuite vers votre Seigneur. Il vous montrera sur quoi vous n'�tiez pas d'accord. � *** (Trad. D. Masson)

*** Nous avons montr� dans la premi�re section que la partie imprim�e en caract�res gras figurait aussi dans les passages suivants : 17.15 ; 35.18 ; 39.7 ; 53.38.

Proph�tes qui ont eu ordre de prier pour autrui

Certains versets du Coran parlent de proph�tes qui ont re�u l'ordre de prier en faveur du peuple et d'implorer le pardon pour lui. Pour chacun des proph�tes pass�s en revue, nous examinerons les passages dans l'ordre de leur communication.

1.Textes concernant Muhammad.

Muhammad 47.19, an 1 de l'H�gire :

� Sache donc (O Muhammad) qu'en v�rit�, point de Dieu que Dieu lui-m�me. Et implore pour ton p�ch� (danbika ), ainsi que pour les croyants et les croyantes. �

La famille d'Amram (Al `Imr�n) 3.159, an 2 de l'H�gire :

Dieu dicte � Muhammad la conduite � tenir � l'�gard des soldats qui lui furent d�sob�issants � Uhud :

� Pardonne-leur donc et implore pour eux l'absolution. �

Les Hypocrites (Al-Mun�frq�n) 63.5, an 4-5 de l'H�gire ; le texte des hypocrites qui pr�tendent croire, mais :

� ... quand on leur dit : � Venez ! Le messager de Dieu va implorer le pardon pour vous �, ils replient leurs t�tes... �

Les Femmes (An-Nis�') 4.64, an 5-6 de l'H�gire ; il est question de croyants hypocrites qui refusent de revenir � Dieu :

� Si, lorsqu'ils se sont manqu�s � eux-m�mes, ils venaient pr�s de toi et demandaient pardon � Dieu et que le messager damandaient pardon pour eux, certes, ils trouveraient Dieu tr�s accueillant au repentir, mis�ricordieux. �

La Lumi�re (An-N�r) 24.62, an 5-6 de l'H�gire. Le contexte fait allusion � ceux qui demandent cong� dans une affaire d'int�r�t commun:

� Si donc ils te demandent cong� pour une affaire � eux, alors donne cong� � qui tu veux ; et implore de Dieu pardon pour eux. �

L'Examin�e (AI Mumtahina) 60.12, an 8 de l'H�gire. Ce verset envisage le cas de femmes qui se tournent vers l'Islam :

� Ho, le proph�te ! Quand les croyantes viennent � toi te jurer all�geance... alors re�ois leur all�geance et implore pardon pour elles... �

Le Repentir (At-Tauba) 9.103, an 9 de l'H�gire. Ce passage d�finit l'attitude de Muhammad vis � vis des arabes du d�sert :

� Pr�l�ve une aum�ne sur leurs biens... Prie pour eux ; tes pri�res sont un apaisement pour eux � (Trad. D. Masson).

Au premier abord, ces versets semblent donner du poids � la doctrine de l'intercession sp�ciale de Muhammad. Cependant, aucune de ces pri�res n'a un lien quelconque avec le jour du jugement ; de plus, comme nous allons le voir maintenant, le Coran pr�sente d'autres proph�tes qui ont accompli un minist�re identique.

2. No� a pri� pour sa famille et pour son peuple, aussi bien que pour lui-m�me.

Sa pr�dication est rapport�e dans la Sourate mecquoise ancienne de No� (N�h) 71.2-4, 7, 10 :

� Il (No�) dit : O mon peuple, je suis vraiment, pour vous, un avertisseur clair, en ceci : Adorez Dieu et craignez-Le, et ob�issez-moi, pour qu'Il vous pardonne partie de vos p�ch�s...

Il dit : Seigneur ! ... Et toutes les fois que je les ai appel�s pour que Tu leur pardonnes, ils ont mis leurs doigts dans leurs oreilles... J'ai donc dit : Implorez pardon de votre Seigneur. Il reste grand pardonneur, vraiment.

Au verset 28 de la m�me Sourate, il est dit :

� Seigneur ! Pardonne-moi, et � mes p�re et m�re, et � celui qui entre dans ma maison en tant que croyant, ainsi qu'aux croyants et croyantes... �

3. Abraham pria certes pour lui-m�me, mais aussi pour les autres.

Abraham (Ibr�him) 14.41, Sourate mecquoise tardive :

� (Abraham dit) O notre Seigneur, pardonne-moi, et � mes p�re et m�re et aux croyants... �

Les Po�tes (Al Shu'ara') 26.86, Sourate de la p�riode mecquoise interm�diaire. C'est un extrait de la pri�re d'Abraham :

� Et pardonne � mon p�re : il a �t�, vraiment, du nombre des �gar�s (dallin ) �. Il est vrai qu'une r�v�lation ult�rieure (9.113-114) de l'an 9 de l'H�gire interdit � Abraham, � Muhammad et aux autres croyants de prier pour leurs prochains, fussent-ils de leur parent�, si, apr�s avoir compris, ils persistent dans le refus d'ob�ir.

La Sourate tardive de Houd (H�d) 11.74 rapporte qu'Abraham est m�me intervenu en faveur du peuple d'un autre proph�te, son propre neveu Loth :

� puis, lorsque la crainte eut quitt� Abraham... Voil� qu'il disputa (yuj�dilunak ) avec Nous en faveur du peuple de Loth. �

4. Jacob est pr�sent� comme ayant demand� pardon pour les p�ch�s de ses dix fils. C'est ce que nous rapporte la Sourate mecquoise tardive de Joseph ( yusuf ) 12.97-98 :

� Ils dirent : O notre p�re, implore pour nous pardon de nos p�ch�s (dunubana). Nous avons �t� fautifs vraiment (kh�ti in ) . Il dit : Je vais, pour vous, implorer pardon de mon Seigneur. C'est Lui le pardonneur, le mis�ricordieux vraiment. �

5. La Sourate mecquoise tardive de AI A`raf 7.148-156 raconte l'histoire du veau d'or ; le verset 155 rapporte la pri�re de Mo�se :

� O mon Seigneur, si Tu avais voulu, Tu les aurais d�truits avant, et moi avec. Vas-Tu nous d�truire pour ce que des sots d'entre nous ont fait ? Ce n'est l� que tentation de Toi, par quoi Tu �gares qui Tu veux et guides qui Tu veux. Tu es notre patron. Pardonne-nous donc et fais-nous mis�ricorde cependant que Tu es le meilleur des pardonneurs. �

R�cits bibliques relatifs � des proph�tes qui ont pri� pour d'autres

La Bible rapporte de nombreux cas de proph�tes qui ont exerc� un minist�re d'intercession de la m�me nature que celui examin� dans le Coran.

l. La Torah (Exode 32.31-32) rapporte la pri�re de Mo�se dont nous venons de lire la version dans le Coran :

� Ah ! ce peuple a commis un grand p�ch� ! Ils ont fait des dieux d'or. Pardonne maintenant leur p�ch� ! Sinon, je t'en prie, efface-moi de ton livre que tu as �crit. �

2. Daniel, le proph�te rapporte ainsi sa pri�re :

� Seigneur, �coute ! Seigneur, pardonne ! Seigneur, sois attentif ! Agis et ne tarde pas, par amour pour toi, � mon Dieu ! Car ton nom est invoqu� sur ta ville et sur ton peuple. �

3. Amos, le proph�te prie en ces termes :

Je dis : Seigneur Eternel, pardonne donc ! Comment Jacob subsisterait-il ? Il � est si petit ! �

4. Job fut invit� par Dieu � prier pour ceux qui l'avaient accus� de p�ch� :

� Apr�s que 1'Eternel eut adress� ces paroles � Job, l'Eternel dit � Eliphaz de Tem�n : Ma col�re est enflamm�e contre toi et contre tes deux amis parce que vous n'avez point parl� de moi avec droiture comme l'a fait mon serviteur Job. Prenez maintenant sept taureaux et sept b�liers, allez aupr�s de mon serviteur Job et offrez pour vous un holocauste. Mon serviteur Job priera pour vous, et comme j'ai de la consid�ration pour lui, je ne vous traiterai pas selon votre folie... Et l'Eternel eut de la consid�ration pour Job.

L'Eternel r�tablit la situation de Job, quand celui-ci eut pri� pour ses amis � (Job 42.7-10).

5. Paul prie pour ses fr�res et pour la nation juive :

� Fr�res, le voeu de mon coeur et ma pri�re � Dieu pour eux, c'est qu'ils soient sauv�s � (Romains 10.1).

Le passage suivant r�v�le � quel point une flamme intense br�lait dans le coeur de Paul :

� J'ai une grande tristesse et un chagrin continuel dans le coeur. Car, je souhaiterais �tre moi-m�me anath�me et s�par� du Christ pour mes fr�res, mes parents selon la chair... � (Romains 9.2-4).

6. La Bible rapporte aussi le cas d'un homme � qui Dieu demande de ne plus interc�der. Il s'agit du proph�te J�r�mie � qui Dieu s'adresse en ces mots :

� Et toi, ne prie pas en faveur de ce peuple, n'�l�ve pour eux ni cri ni pri�res, n interc�de pas aupr�s de moi, car je ne t'�coute point. Ne vois-tu point ce qu'ils font dans les villes de Judo et dans les rues de J�rusalem ?... Ils font des libations � d'autres dieux, afin de m'irriter � (J�r�mie 7.16-18).

L'examen de ces nombreux textes du Coran et de la Bible nous a r�v�l� qu'il a toujours exist� des proph�tes qui ont interc�d� pour leur contemporains vivants. Nous n'avons pas trouv�, dans le Coran, un seul verset qui annonce que l'un quelconque de ces proph�tes - de No� � Muhammad - aura, au jour du jugement, le pouvoir d'interc�der. La seule source d'information d'une telle croyance pourrait provenir d'un hadith.

L'intercession au jour du jugement, d'apr�s le Hadith

Au moment o� j'eus � coeur de consulter la litt�rature des hadiths sur ce sujet, je d�couvris dans une librairie un exemplaire du livre de An-Nawawi Quarante Hadiths. Je me suis dit que ce livre faciliterait mes recherches. Il me semblait probable que s'il existait un hadith qui parle de l'intercession au jour du jugement, ce grand sp�cialiste de la litt�rature des habits en aurait certainement inclus un dans sa collection. A mon grand �tonnement , pas le moindre hadith n'aborde la question !

Voici ce que d�clare T P Hughes dans son article sur le mot � intercession � relev� dans son ouvrage Dictionary of Islam, en rapport avec le Hadith :

� Les traditions attribuent � Muhammad les d�clarations suivantes :

� Celui qui, du fond de son coeur et sans la moindre hypocrisie, aura d�clar� : il n'y a pas d'autre dieu que Dieu, celui-l� aura le bonheur de pouvoir compter sur mon intercession au jour du jugement.

� J'interc�derai pour ceux qui auront commis de grands p�ch�s.

� Il y aura, au Jour du Jugement, trois cat�gories d'intercesseurs : les Proph�tes, les Initi�s, les Martyrs. � Mishkat, livre XXXIII, ch. XII.

L'auteur de sharh-il Mawaqif d�clare (p. 588) :

D'apr�s les Sunnites, l'intercession de Muhammad est particuli�rement r�serv�e � ceux qui ont commis de grands p�ch�s (ahlu'l kabair), dans le but de supprimer la sanction encourue ; car Muhammad a dit : � Mon intercession est pour ceux qui ont commis de grands p�ch�s. � Mais les Mu`tazilites pr�tendent, quant � eux, que l'intercession de Muhammad a pour but d'augmenter la r�compense et non de supprimer le ch�timent , car il est dit dans le Coran (Sourate 2.48) : � Redoutez un Jour o� nul ne sera r�compens� pour autrui, o� nulle intercession ne sera accept�e, o� nulle compensation ne sera admise, o� personne ne sera secouru. � (C'est l'un des versets que nous avons mentionn�s dans le groupe l.)

Je n'ai pas fait une �tude personnelle pouss�e des hadiths, comme je l'ai fait pour le Coran. Mais l'article ci-dessus montre clairement que les hadiths �mettent des opinions peu nombreuses, et de plus, contradictoires. Il y a si peu de preuves en faveur de l'intercession de Muhammad au jour du jugement que les Mu`tazilites - musulmans rationalistes du deuxi�me si�cle de l'H�gire - pouvaient affirmer cat�goriquement que l'intercession de Muhammad ne mettait pas � l'abri du p�ch�.

Il n'est cependant pas n�cessaire de remonter jusqu'aux Mu`tazilites pour trouver un support � cette doctrine. Le fondateur des Wahhabites , Muhammad Ibn `Abd al-Wahhab a �crit un livre intitul� Le livre de l' Unit� vers la fin du 18e si�cle, dans lequel il � condamne les croyances commun�ment admises du pouvoir des saints et des hommes pieux, et les pratiques qui en d�coulent, notamment le culte des saints et les visites aux tombeaux ; il s'en prend aussi � la confiance plac�e dans l'intercession du Proph�te et des saints, tout ce qui constitue en somme le fondement de la pi�t� populaire. �7

La position islamique r�cente face � l' � intercession � a fait l'objet d'un article paru dans The Muslim World League Journal de mai-juin 1983. Sous le titre � Le concept islamique de Dieu et du Proph�te � Cheikh Gamal al�Banna �crit :

� L'Islam souligne fortement le caract�re humain du Proph�te... C'est pourquoi l'Islam n'admet ni ne permet une m�diation d'aucune sorte. Les proph�tes sont des messagers de Dieu ; ils ne peuvent pas accorder le pardon � celui qui a commis un p�ch�, ni lui �viter le ch�timent qu'il m�rite. Ils ne peuvent pas interc�der aupr�s de Dieu en faveur de qui que ce soit, car l'Islam ne conna�t pas le principe de l'intercession dans ce sens-l�. � 8

Deux hadiths vont dans le m�me sens que l'affirmation de Cheikh al-Banna et que les croyances des Wahhabites, et s'opposent a 1'id�e d'une intercession offerte par Muhammad. Le premier hadith est rapport� par Bukhari, au chapitre XXX du livre T�moignages. Dans ce chapitre intitul� � de la consultation du sort �, l'auteur rapporte l'incident suivant.

Othman, l'un des musulmans les plus convaincus s'�tait enfui de La Mecque en compagnie de Muhammad. Peu apr�s, il tomba malade et mourut. A ce moment pr�cis, Muhammad entra dans la maison et entendit Omm-El-Ala, une femme qui avait pris soin d'Othman durant sa maladie, prononcer ces paroles sur le corps du d�funt : � La gr�ce de Dieu soit sur toi. Je t�moigne en ta faveur que Dieu s'est montr� g�n�reux envers toi. �

Muhammad s'enquit aupr�s de cette femme comment elle savait ce qu'elle venait d'affirmer. En r�ponse, elle admit qu'elle n'en savait rien. Muhammad dit alors :

� Pour ce qui est d'Othman, il est mort ; et par Dieu, le Dieu Unique, je ne lui souhaite que du bien ; mais par Dieu - bien que je sois l'Ap�tre de Dieu - j'ignore le sort que Dieu lui r�serve .�

Le second hadith se trouve � la page 128 du livre Prophet Muhammad and His Mission publi� en 1967 par Athar Husain. L'auteur d�clare :

� Muhammad dit :

O gens de Quraish, pr�parez-vous pour ce qui vient apr�s, je ne pourrai pas vous sauver du ch�timent de Dieu.

O Bani Abd Manaf... je ne pourrai pas te prot�ger non plus,

O Safia, tante du Proph�te, je ne te serai d'aucun secours�

O Fatima, fille de Muhammad, m�me toi, je ne pourrai te sauver. �

Transmis par Bukhari et Muslim.

Que conclure ? Si Muhammad ne pouvait pas interc�der en faveur d'un disciple musulman si fervent qu'il avait renonc� � sa maison et � sa famille pour suivre Muhammad, ni en faveur de sa propre fille croyante, en faveur de qui pourrait-il bien interc�der ?

Rien dans le Coran ni dans les hadiths n'accr�dite la croyance populaire mentionn�e plus haut et qui se terminait par ses mots : � Ma nation, ma nation. � Au lieu d'interc�der pour les autres, les proph�tes cherchent pour eux-m�mes un moyen de s'approcher davantage de Dieu. C'est ce qui ressort de la Sourate du Voyage nocturne (Al Isra') 17.57, de l'an 1 de l'H�gire :

� Eux-m�mes (anges et proph�tes) invoquent, cherchant aupr�s de leur Seigneur un moyen � qui sera le plus rapproch�, cependant qu'ils esp�rent Sa mis�ricorde et qu'ils craignent Son ch�timent �

Plut�t que de nous pr�senter des versets qui affirment que Muhammad priera un jour en faveur des croyants, comme beaucoup l'esp�rent, la Sourate des Coalis�s (Al Ahzab) 33.56, d�clare m�me que Dieu et les anges prient pour Muhammad et invite les croyants � prier pour lui et pour son salut :

Oui, Dieu et ses anges b�nissent le Proph�te. O vous, les croyants !

Priez pour lui et appelez sur lui le salut. (Trad. D. Masson).

C'est en raison de ce commandement que chaque fois qu'un musulman mentionne Muhammad par son nom, il ajoute cette pri�re en faveur de son salut.

L'ouvrage de 200 pages, Preuves du B�ni, mentionn� plus haut, contient de multiples encouragements � prier en faveur de Muhammad. Souvent , l'intercession de Muhammad en faveur de quelqu'un est directement li�e � la pri�re de ce dernier pour Muhammad, comme le prouvent les citations suivantes :

� Quiconque prie 100 fois pour Muhammad le vendredi, obtiendra une absolution de 80 ans. �

 

Paroles de Gabriel : � Si quelqu'un prie pour toi (Muhammad), soixante-dix mille anges prieront pour lui, et celui en faveur duquel les anges prient est assur� de faire partie de la famille du paradis. �

 

Et Muhammad a d�clar� : � Plus vous priez en ma faveur, plus vous aurez de femmes au ciel. � 9

 

Malheureusement beaucoup de gens ont re�u ces id�es, les propagent et esp�rent qu'elles sont vraies, alors qu'elles ne trouvent aucun support dans le Coran.

Deux des tout premiers musulmans

Pour conclure cette section, nous allons observer l'attitude qu'ont adopt�e deux des premiers et des plus grands musulmans, au moment o� ils ont senti la mort s'approcher. Apr�s avoir �tudi� l'Islam pendant de nombreuses ann�es, Jens Christensen �crit ceci :

� L'une des choses qui m'ont le plus frapp� lors de mes premi�res �tudes de l'Islam, c'est la note d'accablement et d'incertitude qui ressort des paroles prononc�es par tant de grands hommes de l'Islam, sur leur lit de mort.

Prenons l'exemple d'Abu Bakr. C'�tait un chef, au caract�re d'acier et aussi un authentique musulman. Pourtant on a dit de lui qu'il �tait si craintif devant l'avenir et si angoiss� que sa respiration en devenait haletante. D'apr�s deux traditions, il aurait dit � Aisha, le jour de sa mort :

� O ma fille ! Voici arriv� le jour de ma d�livrance et de ma r�compense : si c'est la f�licit�, elle sera �ternelle, si c'est le tourment, il ne cessera pas. � 10

Avez-vous bien remarqu� ces deux petits mots � si � ? Il n'y a rien dans l'islam qui puisse les �ter ; pas m�me le fait qu'Abu Bakr ait h�rit� du titre de `Atiq (libre) en vertu d'une parole que Muhammad lui aurait adress�e : Tu es libre (�pargn�) du feu.

T. P Hughes cite les paroles d'Omar :

� Si je n'avais pas �t� un musulman, mon �me aurait �t� jug�e s�v�rement �. 11

 

Pourtant, sur son lit de mort, Omar aurait dit :

� ... Je ne suis rien d'autre qu'un homme qui se noie, qui voit une possibilit� d'�tre sauv� de la noyade, qui esp�re la saisir, et qui craint de mourir et de perdre la vie, et qui s'y accroche de toutes ses forces. Plus d�sesp�r� encore que l'homme qui se noie est celui qui, � la vue du ciel et de l'enfer, a la vision de sa mort... Si je poss�dais tout l'Occident et tout l'Orient, je les donnerais de bon coeur pour �tre d�livr� de cette effroyable terreur qui p�se sur moi. � Finalement, tournant sa face contre terre, il cria d'une vois forte : � H�las pour Omar, et h�las pour la m�re d'Omar ! s'il ne plaisait pas au Seigneur de me pardonner. �

Avez-vous remarqu� o� se situe le probl�me d'Omar ? Dans l'incertitude que rend admirablement le petit mot � si � de la derni�re phrase. Ce � si � ne traduit pas un doute d'Omar en regard de sa foi, ou de sa croyance au Dieu unique, ou de la confiance plac�e dans le Proph�te, ou de la qualit� de sa vie morale. Toutes ces choses �taient en r�gle, pour autant qu'elles peuvent l'�tre dans la vie d'un homme.

Le � si � s'applique � Allah ; � s'il � ne plaisait pas au Seigneur de lui pardonner.

Personne ne peut savoir

Lors des fun�railles de son p�re Omar, Yazid aurait d�clar� :

� Je ne ferai pas l'�loge de mon p�re devant le Tout-Puissant en pr�sence duquel il vient de compara�tre. S'il lui pardonne, ce sera en vertu de sa gr�ce ; s'il le ch�tie, ce sera � cause de ses transgressions. �

Voici donc � nouveau dans la bouche d'un musulman ces deux petits �si�:

Si Allah pardonne... Si Allah ch�tie...

Cette r�flexion de Yazid me semble parfaitement r�sumer le fond de l'Islam.12

� Personne, de Muhammad lui-m�me jusqu'au musulman le moins instruit qui ne parle pas l'arabe et dont la connaissance se borne � la r�citation de quelques pri�res, personne ne peut pr�tendre savoir ni oser pr�dire quel sera le � si � qui lui sera r�serv�. � 13

En d'autres mots, Allah exige une soumission absolue de chaque homme, mais lui-m�me ne s'engage jamais � r�v�ler quoi que ce soit � ses serviteurs, consid�r�s comme des individus. Ceux-ci n'ont aucun moyen de savoir s'ils seront sauv�s ou non.

La Sourate des Po�tes (AI Shu`ar�') 26.82, de la p�riode mecquoise interm�diaire traduit fort bien cette incertitude qui caract�rise le musulman. Dans ce verset Abraham parle du � Seigneur des mondes... qui me fera mourir puis me donnera la vie (Abraham est certain de ces v�rit�s), et dont je convoite (atma`) qu'Il me pardonne ma faute, au jour de la R�tribution. � (Ainsi, pour ce qui est de son pardon, Abraham ne peut � qu'esp�rer �.)

Au verset 51 de la m�me Sourate, Mo�se et Aaron d�clarent � Pharaon :

� Nous convoitons (natma`u ) que notre Seigneur nous pardonne nos fautes. �

Rappelons encore le passage de la Sourate 17.57, d�j� mentionn� :

� Et eux-m�mes (anges et proph�tes)... cependant qu'ils esp�rent (yarj�na ) sa mis�ricorde et qu'ils craignent son ch�timent �

Pour clore ce chapitre, nous allons encore citer trois textes du Coran qui prouvent tr�s clairement que m�me ceux qui auront fait de leur mieux ne peuvent s'attendre qu'� un � peut-�tre � de la part de Allah.

Dans la Sourate mecquoise tardive du R�cit (Al Qasas) 28.67, Dieu d�clare � ses croyants :

� puis celui qui se sera repenti, qui aura cru, et fait le bien, il se peut (`asa an ) qu'il soit des gagnants. �

La m�me id�e est reprise dans la Sourate de l'Interdiction (Al Tahrim) 66.8, de l'an 7 de l'H�gire :

� Ho, les croyants ! Repentez-vous � Dieu d'un repentir sinc�re. II se peut ('asa an) que votre Seigneur ,vous vous efface vos fautes et qu'Il vous fasse entrer aux Jardins sous quoi coulent les ruisseaux. �

Enfin, dans la Sourate du Repentir (A1-Tauba) 9.18, de l'an 9 de l'H�gire, donc l'une des derni�res Sourates du Coran, Allah d�clare :

� Rien d'autre, en v�rit� : que peuplent les mosqu�es de Dieu, ceux qui croient en Dieu et au Jour Dernier, et �tablissent l'Office, et acquittent l'imp�t, et ne craignent que Dieu : il se peut ('asa an) qu'ils soient du nombre des bien-guid�s.�

Par cons�quent, au dernier jour, chacun se trouvera seul, tout seul, devant un avenir peu rassurant. Si la personne ne croit pas, elle est assur�e d'aller en enfer ; mais m�me si elle croit, elle se tiendra toute seule devant Dieu au jour du jugement.

Elle n'aura ni intercesseur, ni ami ; son seul espoir est de pouvoir � �tre �, peut-�tre, parmi les b�nis.

 

 


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1 Voir 2 Samuel 11 et 12, ainsi que le Psaume 51 qui rapporte la confession de David.[retourner au texte]

2 Editions, Al-Manar, Tunis, 1964, pp. 63-64. [retourner au texte]

3 Ibid , pp. 25-30.[retourner au texte]

4 Ibid. , p. 92. 4[retourner au texte]

5 Ibid, p. 158.[retourner au texte]

6 Des mots form�s sur cette m�me racine se retrouvent quatre fois dans la Sourate 4.85 et une fois dans la Sourate 89.3, sans aucune r�f�rence � l'intercession aupr�s de Dieu.[retourner au texte]

7 Rahman, Islam, op. cit., p. 197.[retourner au texte]

8 The Muslim World League Journal, vol. 10, n� 8, p. 9.[retourner au texte]

9 Sulim�n Al-Jazuli, op. cit., pp. 15-16.[retourner au texte]

10 Cette citation relative � Abu Bakr, ainsi que celles qui suivent, sont tir�es de The Torch of Guidance to the Mystery of Redemption, traduit en anglais par Sir W Muir et imprim� par la soci�t� des tracts religieux, Londres.[retourner au texte]

11 Hughes, op. cit., p. 654.[retourner au texte]

12 The Practical Approach, Cours par correspondance, Pakistan, p. 379. Nouvelle publication en 1977, p. 379. [retourner au texte]

13 Ibid., p. 381.[retourner au texte]